
C'est le bazar dans le hall. Une cinquantaine de personnes poireautent, debout, une maman des gosses pleins les bras, un gamin qui déchire des papiers et en parsème la moquette, des hommes surtout, arabes la plupart, un dossier sous le bras – tandis que Monsieur Abdi négocie à l'accueil :
– Je veux voir le directeur !
– Il est absent, balbutie la dame.
– Dites lui que c'est le Président...
– Mais il n'est pas là, ou en réunion.
Alors Monsieur Abdi s'énerve, et il ne faut pas énerver Monsieur Abdi. Il hurle dans les oreilles de l'hôtesse (on se couvre les tympans): "Moi j'étais reçu par le ministre, plus de 40 000 adhérents j'ai dans toute la France."
Le jeune gars à côté de moi approuve : "Ici, faut gueuler pour avoir quelque chose." Luc, il s'appelle. Il me sort ses papiers, me raconte son histoire: "C'était mon beau-père (il désigne sa compagne, Lydia, enchanté) qui nous hébergeait dans son logement de fonction, une boucherie. Mais là, il a perdu son boulot et donc le propriétaire veut nous expulser. "Dans quatre jours, il nous a dit. Quatre jours." Déjà, il a coupé l'eau, l'électricité, le chauffage, le bébé on lui met des couvertures et des draps dessus pour la nuit et ici ils nous répondent quoi ? "Allez en foyer." Depuis 2002 on réclame, dans tous les organismes, l'OPSOM, l'OPAC, la SIP. "On a 6 000 demandes en attente" ils nous répondent. Dans leur ordinateur, ils ne sont même pas capables de nous trouv



