"Jacqueline! Y a quelqu'un pour vous." Dans la cuisine de Monsieur Rouay, son "patron", elle range les verres, les couverts. "Je vous laisse à deux, que vous expliquiez vos ennuis..."
C'est que Jacqueline collectionne les crédits: dans son portefeuille, une carte "Accor", deux "Cofidis", une "Open", une "Finaref", une "Carrefour"... Liste non exhaustive, elle-même ne se souvient plus de tout: "Monsieur Rouay, qu'est-ce que j'ai comme découvert à part Leroy Merlin?"
"Comme tout le monde"
L'engrenage a démarré l'air de rien, pourtant, bien gentiment : un couple qui emménage à Ailly, des bosseurs tous les deux, lui ouvrier dans une usine de pots d'échappement et elle femme de chambre, nounou, serveuse, dans un hôtel parisien, du lundi au samedi, "j'avais mon dimanche". Ils achètent un petit pavillon, empruntent pour le bricolage et le lave-linge. Arrivent les enfants, un, puis deux, puis trois, son boulot qu'elle arrête, et malgré ce revenu en moins, surtout "leur faire plaisir", qu"ils s'oyent comme tout le monde".
Comme tout le monde à la télévision. Comme tout le monde dans la famille Ricoré, dans les publicités, avec l'ordinateur, et Internet, et les vacances au ski, et les habits de marque pour la récré. Comme tout le monde, elle qui fait des ménages, sa mère qui faisait des ménages, lui toujours à la chaîne, grenouille prolétaire qui veut ressembler à ces boeufs bourgeois. D'autant que pour gonfler il suffit d'un



