« Derrière moi, c’est des milliers de familles. Ils ne sont pas bien pour passer les fêtes de Noël, et ça me rend mal. Moi ce que je veux pour eux, c’est pas Pôle emploi. Est-ce qu’on veut réellement une industrie en France ? » Entre la colère et la tristesse, Gaëtan Lecocq livre sa première réaction à Fakir, en direct de la « salle de l’avenir » à Dunkerque – tout un symbole. Le couperet est tombé ce 17 décembre : alors qu’ils avaient le droit administratif de le refuser (comme pour tout PSE), alors même que le groupe fait des bénéfices, les services de l’État viennent de valider « le plan de sauvegarde de l’emploi » (traduction : le plan de licenciements) chez ArcelorMittal. Soit 608 emplois supprimés.
« Ce PSE à ArcelorMittal n’est pas justifié, c’est lamentable, c’est juste une question de business. »
Les sites les plus touchés ? Dunkerque (Nord) : 84 emplois. Florange (Moselle) : 78 emplois. Basse-Indre (Loire-Atlantique) : 41 emplois. Montataire (Oise) : 15 emplois. Mardyck (Nord) : 4 emplois. Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) : 2 emplois. Pourtant, cette année encore, le géant luxembourgeois a reversé 421 millions de dollars à ses actionnaires. « J’ai honte, parce qu’on est quand même l’entreprise du CAC 40 qui a réalisé plus de 60 % de bénéfices rien que sur l’année 2025. Ce PSE n’est pas justifié, c’est lamentable, c’est juste une question de business. » Pourquoi ne pas interdire les licenciements en cas de bénéfices ? La question est maintenant sur la table politique. Surtout quand abandonner Arcelor et l’acier, c’est abandonner la planification écologique et l’industrie en France. « Est-ce qu’on veut réellement une industrie en France ? Ou est-ce qu’on veut simplement une banque ? Une banque qui veut simplement ramener du cash, au détriment des salariés qui travaillent et de l’avenir ? »
« On a perdu une bataille, pas la guerre. »
Comme on vous le racontait dans ces colonnes, et dans notre série vidéo « On va pas s’mentir, au cœur de la lutte des salariés d’ArcelorMittal », de Clothilde Dozier qui suit depuis de longs mois Gaëtan, Aline, Reynald, Zidane, Emerson et les autres Arcelor, une victoire a été obtenue le 28 novembre à l’Assemblée nationale : un projet de loi pour la nationalisation a été adopté. Mais le Sénat risque de bloquer. « C’est bien beau de nous cracher à la gueule, mais c’est quoi votre solution ? Si les politiques et les autres syndicats n’ont pas d’autres solutions, alors il faut nationaliser. On a perdu une bataille, pas la guerre. C’est des salariés qui ont donné 20, 30, 35 ans de leur vie, et demain ils vont être traités comme des merdes ? »
Le combat continue, donc, avec un meeting à Dunkerque le 20 janvier. « On a toujours travaillé, le chômage c’est pas notre idéologie. On demande simplement à être respectés. On veut juste avancer. Pour la décarbonation, pour faire de l’acier vert, sauver notre travail. C’est tout simplement ça… »



