Les faits se sont déroulés en février 2025, dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance dans le XIIIe arrondissement de Paris. Eliott, huit ans, est assis sur une chaise, torse nu, la moitié du crâne rasé, les bras croisés comme pour se protéger du froid, ou se cacher, le regard perdu. Derrière lui, une éducatrice tient une tondeuse pendant que d’autres filment la scène.
« On va t’appeler double face », lance un des éducateurs présents sur la vidéo.
« L’éducatrice » qui tient la tondeuse se montre fière du résultat : « Ça fait grave stylé », lâche-t-elle devant le portable qui la filme. Eliott ne sourit pas, il reste assis sur sa chaise, immobile. Les vidéos enregistrées finissent sur une boucle dédiée aux éducateurs du centre. Les échanges de messages en réponse aux vidéos sont lunaires.
France Info, qui révèle l’affaire, a eu accès aux messages et démontre que la coupe de cheveux a été imposée. Il s’agissait d’une punition… En amont, aucun accord des parents ni des responsables du foyer n’avait été donné. « Vous avez vu avec les parents pour raser à blanc ? », demande un des éducateurs sur la conversation. Un autre répond : « Non, nous avons pris la décision sans consulter personne. » Un autre enchaîne, « C’est une sanction. » Qu’a fait Eliott pour subir un pareil traitement ? L’éducatrice ne l’explique pas.
« Si c’est pas une blague, c’est très très grave. »
Dans la conversation, d’autres professionnels avouent leur consternation : « Si c’est une blague, pour rappel, c’est un groupe WhatsApp professionnel et non un groupe de potes. Si c’est pas une blague, c’est très très grave. »
Pendant quatre mois, Eliott devra porter un bonnet, même à l’école. Car l’enfant fait désormais l’objet de moqueries de la part de ses copains. Certains vont même jusqu’à le frapper.
Ce n’est qu’en septembre que la mère a accès aux vidéos montrant son fils en train de se faire raser le crâne. Dans la foulée, son avocat contacte la juge des enfants pour signaler des « faits de maltraitance ». La magistrate accuse réception du mail, sans y donner suite. Pour le moment, les éducateurs impliqués sont écartés du foyer…
Malheureusement, Eliott n’est qu’un enfant parmi des centaines de milliers qui souffrent d’un système de protection de l’enfance défaillant, exsangue, délaissé, victimes de multiples problèmes sur lesquels la société préfère fermer les yeux, et dont les gamins sont les victimes. On en avait fait un dossier, terrifiant et terrible, « Entendre les enfants pleurer », qu’on vous propose de retrouver ici.
L’ASE, la cinquième roue du carrosse…
On avait aussi recueilli les témoignages d’assistantes familiales : la cinquième roue d’un chariot brinquebalant, avec dedans plus de 100 000 enfants, ballottés, parfois maltraités…
On vous glisse un extrait juste ici.
« Océane, quand elle est arrivée chez moi, elle revenait de chez son père, elle avait dormi huit ans à côté de lui, il lui faisait toutes sortes de choses. C’était atroce, elle n’avait plus confiance dans l’adulte, en personne, même pas en elle. À force de travail, elle allait mieux. Comme elle avait subi une transplantation cardiaque et que je suis une ancienne infirmière, je lui faisais ses piqûres anti-rejets. C’était ma chouquette. Elle était adorable et elle avait vraiment confiance en moi… »
Annick est assistante familiale – « famille d’accueil », comme on dit : elle reçoit les enfants placés par l’ASE, l’aide sociale à l’enfance. Ce jour-là, pour une audition à l’Assemblée nationale, elle était venue avec ses collègues de la « Fédération nationale des assistantes familiales » – et elle abandonnait d’un coup sa casquette, ses analyses juridiques, pour du plus sensible : « Bref, le 27 juillet on m’appelle, on m’informe que le 28, elle partira de la maison. Du jour au lendemain, sans discuter avec moi ni rien, après des années ensemble. J’étais suspendue. J’ai demandé si Océane avait été préparée. On m’a dit non. A 15 heures, elle est sortie sur le parking de l’école mais elle ne m’a pas trouvée. Elle a couru vers la directrice. ‘‘Tata n’est pas là ? – Non, Océane, tu ne retournes pas chez Tata, tu t’en vas en foyer.’’
La gamine s’est mise à hurler qu’elle allait se suicider.
La directrice m’a appelée en me demandant si c’était possible que je vienne la canaliser. Moi, j’ai dit que non, parce que, vis-à-vis de la loi, je n’avais pas le droit parce que j’étais suspendue. Ils ont mis Océane dans une camisole de force et ils l’ont menée dans un camion vers le foyer. Ils ont oublié de faire une chose, c’est de regarder dans son cartable. Et dans son cartable, il y avait une trousse avec un cutter… »
Pour lire la suite, c’est ici.
Si vous êtes un enfant en danger ou un adulte témoin d’une situation où un enfant est victime de violences sexuelles, physiques ou psychologiques, ou si vous souhaitez demander conseil, contactez le 119.



