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	<title>Archives des Éditos - fakirpresse.info</title>
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	<description>Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.</description>
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	<title>Archives des Éditos - fakirpresse.info</title>
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		<title>Les malades, Lecornu et sa mère.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 14:17:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°123]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une fable de La Fontaine, ce titre ? Non, c’est une réalité, la réalité virtuelle de nos élites.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Non mais c’est pas possible,</em> <em>tu déconnes&nbsp;?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">—&nbsp;<em>Ben non, malheureusement.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">—&nbsp; <em>Franchement, c’est dingue…&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">À la rédac’, Camille me racontait l’entretien qu’il venait d’avoir avec des salariés, sur Amiens. Le point de départ <a href="https://fakirpresse.info/ils-ont-perdu-toute-forme-dhumanite-au-centre-dappel-callweb-le-harcelement-grace-a-largent-public/" type="link" id="https://fakirpresse.info/centre-dappel-a-callweb-en-greve-contre-lhumiliation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">d’une enquête, remarquable*, publiée sur notre site</a> et qui a fait pas mal de remous. <em>« Sonia, une téléconseillère, m’a décrit la scène : </em>“Les employés arrivent ici et ils repartent en larmes, ou vont se cacher aux toilettes pour pleurer. Parfois, on vient même nous chercher aux WC ! Un jour un conseiller a carrément déféqué dans la poubelle parce qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas le temps d&rsquo;aller aux toilettes !’’<em> Sonia me l’a même montrée, la poubelle, à deux mètres de nous… »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il se passe plein d’autres jolies choses de ce genre, dans ce centre d’appel comme tant d’autres qui ont fleuri dans la Somme, ou dans d’autres coins qui ont subi la désindustrialisation&nbsp;: humiliations personnelles et publiques des employés, pression et chantage aux pertes des aides de France Travail si on refuse ces conditions de travail… Un travail externalisé, sous&nbsp;traité, précarisé, sous&nbsp;payé. à la clé&nbsp;: des burn out, séjours à l’hôpital… <em>«&nbsp;Ils ont perdu toute forme d&rsquo;humanité&nbsp;»</em>, lâchera un témoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est même pas un cas isolé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Loin s’en faut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans tous les secteurs, toutes les branches d’activités, la souffrance au travail gagne, gangrène, même, la société. C’est ce qu’avait confirmé, par des chiffres terribles, un rapport Ipsos/BVA, début juin, quelques jours plus tôt&nbsp;: un salarié sur deux est en <em>«&nbsp;détresse psychologique au travail&nbsp;»</em> dans le pays. Soit treize millions de personnes, sur 27 millions de salariés. Il était question, dans l’étude, de <em>«&nbsp;stress permanent, manque de sens, pression des délais, intensification du travail, hyperconnexion&nbsp;»</em>… La détresse psychologique au travail, cadrait le rapport, <em>«&nbsp;c’est un état intermédiaire, entre le mal&nbsp;être passager et le trouble mental constitué, caractérisé par l’accumulation de symptômes dépressifs, anxieux et d’épuisement, dont l’origine est au moins partiellement professionnelle.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça a des conséquences, concrètes, tout ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les gens qui tombent pour burn out, d’abord, par légions, un continent caché.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu ou prou, c’est quelque 100&nbsp;000 licenciements pour inaptitude qui sont prononcés chaque année en France. Des gens trop brisés pour pouvoir continuer, qui disparaissent de tout, des statistiques, du travail, du chômage, poussières humaines sous le tapis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, puisque vous êtes des lecteurs attentifs et que vous avez lu le titre, vous allez me demander ce que vient faire la mère de notre Premier ministre dans cette histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’y viens.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>On est chez Orwell, dans un monde différent, parallèle.</strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est que l’autre jour, dans la bagnole, je prenais une station de radio au vol, sans trop comprendre de quoi on causait mais enfin, ça semblait important, crucial, même&nbsp;: Sébastien Lecornu voulait en faire, dixit, <em>«&nbsp;la mère de toutes les batailles&nbsp;»</em>. Allons bon&nbsp;: je m’interrogeais, m’inquiétais&nbsp;: qu’est&nbsp;ce qui devait, ainsi, mobiliser nos gouvernants, et le pays&nbsp;? Quelle était donc sa <em>«&nbsp;mère&nbsp;»</em>, à Sébastien&nbsp;? La précarité ? Le changement climatique ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois rentré, je réécoutais les infos, pour comprendre&nbsp;: <em>«&nbsp;Le sujet majeur sera pour</em> [le Premier ministre] <em>l&rsquo;assurance maladie, alors que le déficit de la Sécurité sociale pour 2026 s&rsquo;est dégradé à 23,2 milliards d&rsquo;euros. Il entend mettre au débat du Parlement le remboursement de médicaments</em> “qui ne servent plus à grand chose”<em> ou le coût des arrêts maladie,</em> “mère de toutes les batailles”<em>, qui ne peut </em>“pas attendre la présidentielle”<em>.&nbsp;»</em> D’ailleurs, <em>«&nbsp;le Premier ministre a suggéré aux dirigeants du Medef, qu&rsquo;il a reçus lundi, de </em>“questionner et challenger” <em>les candidats à la présidentielle&nbsp;»</em> sur ce sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La voilà donc, sa priorité, son urgence, pour le pays&nbsp;: <em>«&nbsp;le coût des arrêts maladie&nbsp;»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il veut <em>«&nbsp;challenger&nbsp;»</em> les candidats à ce sujet. Des arrêts maladie que, pour le peu de temps qu’il a déjà passé aux affaires, il a réussi à plafonner, limiter, raboter – ses mesures entrent en vigueur en septembre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’est pas le seul, à trouver que ces arrêts maladie, qui ont c’est vrai explosé dans le pays – et pour cause&nbsp;! – sont <em>«&nbsp;abusifs&nbsp;»</em>. L’autre jour, sur une chaîne info, je tombe par hasard sur mon médecin de famille, un super docteur, qui me suit depuis tout jeune. Il était interviewé en visio depuis son cabinet, et les éditorialistes essayaient de lui faire dire que <em>«&nbsp;quand même, hein les arrêts maladie, c’est un peu abusé, non&nbsp;?&nbsp;» «&nbsp;Non&nbsp;»</em>, il répondait, en gros. <em>«&nbsp;On voit des gens de plus en plus stressés, épuisés par leur travail…&nbsp;»</em> Ce travail qu’on leur fait si mal faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les éditorialistes de plateau tordaient du nez, revenaient à la charge, <em>«&nbsp;oui mais bon, quand même un peu non&nbsp;?&nbsp;»</em>, eux qui ne tombent guère malades, depuis leur fauteuil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais revenons&nbsp;en à Lecornu et sa mère de toutes les batailles, donc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait lui objecter, face à l’épouvantail du déficit de la Sécu qu’il brandit, bien d’autres gouffres, plus profonds encore, les 4 milliards engloutis sans résultats dans l’ISF supprimé, les 110 milliards (sur 210 au total d’aide aux entreprises) offerts aux seuls grands groupes sans la moindre contrepartie, on pourrait lui objecter des arguments financiers, comptables, techniques, mais non, on n’en a même pas envie. On aimerait juste lui rappeler que oui, les gens crèvent, brutalement (on déplore deux morts par jour au travail en France) ou plus insidieusement, à petit feu, par la manière dont on les fait bosser dans notre pays. Qu’il y a donc des arrêts maladie, oui, des incapacités, des burn out, de la détresse, et pourquoi&nbsp;? Parce que Lecornu et les siens placent au&nbsp;dessus de tout leur impératif de profits, de marges et dividendes exigés, parce qu’il faut faire plus vite, plus mal, moins sécurisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces gens&nbsp;là, Sébastien Lecornu et sa mère ne veulent pas juste les punir, leur taper sur les doigts, à ces fainéants qui abusent. Ça va plus loin&nbsp;: ils veulent les effacer, les ignorer, leur dire <em>«&nbsp;on ne vous croit pas, notre système de concurrence et de croissance est le meilleur, même s’il vous écrase et broie, donc vous ne pouvez pas vous sentir mal&nbsp;»</em>. On est chez Orwell, quelque part, dans une réalité parallèle, différente, qu’ils veulent dessiner selon leurs dogmes, leur idéologie mortifère. Alors, détruisons encore la dernière soupape de sécurité de ces salariés qui n’ont presque plus rien, parce qu’on leur a pris tout le reste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On imagine un monde où les ministres seraient obligés de déféquer dans leur poubelle. On aimerait voir, alors, s’ils auraient envie, malgré leurs salaires, chauffeurs, assistants, bureaux, de revenir tous les jours au travail, et avec le sourire s’il vous plaît.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* Vous pouvez la retrouver sur notre site : <em><a href="https://fakirpresse.info/ils-ont-perdu-toute-forme-dhumanite-au-centre-dappel-callweb-le-harcelement-grace-a-largent-public/" type="link" id="https://fakirpresse.info/centre-dappel-a-callweb-en-greve-contre-lhumiliation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Centre d’appel : à Callweb, en grève contre l’humiliation.</a></em></p>
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		<title>Grande histoire et petits élus.</title>
		<link>https://fakirpresse.info/grande-histoire-et-petits-elus/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2026 14:36:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°122]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une grande et belle page qu’ils veulent déchirer. Ce qui a le mérite, au moins,<br />
de clarifier les choses…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il est des moments qui font tomber les masques, clarifient les positions, les non-dits, quand tant cherchent à les brouiller, et donc à nous embrouiller.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est du 1<sup>er</sup> Mai qu’il s’agit, puisque la voilà leur urgence, après avoir gratté deux années de vie sur nos retraites&nbsp;: supprimer notre seul jour férié obligatoirement chômé. C’était à l’Assemblée, en ce début de printemps, après une première salve en janvier, déjà. Catherine Vautrin, récemment encore ministre du Travail, s’était même à l’époque mise en scène bossant bénévolement dans une boulangerie (puisque l&rsquo;objectif est d&rsquo;avoir <em>«&nbsp;du pain frais&nbsp;»</em> ce jour&nbsp;là), et devant les caméras, pour illustrer l’idée de génie. Si le projet a été repoussé, reporté sous la levée de boucliers, ils reviendront à la charge, il faut en être sûr.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Ils&nbsp;», ce sont les droites et extrême&nbsp;droite réunies, LR–RN–Macronie, avançant d’un même pas vers une énième réduction des droits, décorés du même faux nez, du même déguisement, encore et toujours&nbsp;: celui de défenseurs des gens. Il faudrait pouvoir bosser le 1<sup>er</sup> Mai pour améliorer le <em>«&nbsp;pouvoir d’achat&nbsp;»</em>, pour <em>«&nbsp;gagner plus&nbsp;»</em>, selon eux&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ben voyons.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Travailler plus pour gagner plus&nbsp;»</em>&nbsp;: ils en sont encore là, vingt ans après la formule de Sarkozy qui relevait déjà, alors, d’une arnaque. Un formidable tour de passe-passe, même, puisqu’il s’agissait de supprimer les cotisations – et donc un salaire indirect – sur les heures supplémentaires. Ils en sont restés là, à Sarkozy, alors déjà symbole de l’alliance entre LR et RN, parrain des droites dures et revanchardes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils n’ont pas progressé d’un iota. Non pas qu’ils soient nuls (enfin si, aussi, mais pas que pour ça)&nbsp;: parce que c’est leur idéologie, leur mantra, leur obsession, parce qu’ils n’ont pas d’autre <em>«&nbsp;projeeeeet&nbsp;»</em>, pas d’autre ambition, pas d’autre horizon que faire travailler davantage encore ceux qui bossent déjà beaucoup, dans des conditions difficiles, les caristes, les AVS, les livreurs, les caissières, les infirmières… Et, surtout, en miroir, préserver les intérêts des leurs, des plus aisés, des grandes fortunes et des actionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Moi ça va faire vingt ans que je fais le ménage, Catherine ça fait quarante ans. Et on ne vaut que quinze balles d’augmentation&nbsp;? Même pas un week-end&nbsp;de vacances&nbsp;? Et pour venir bosser, pour payer l’essence qui a augmenté, on fait comment&nbsp;? Nos salaires ne suivent pas.&nbsp;»</em> Marie-Claire, Henda, Orlane, Isabelle, toutes femmes de ménage, nous racontaient ça, l’autre jour à Donges, en Loire-Atlantique, sur un piquet de grève.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marie-Claire : <em>« Je fais de 7h00 à 14h00 : je nettoie les WC, les couloirs, les bureaux, les salles de réunion. Et je fais deux heures le samedi : le réfectoire et les toilettes. »</em> Henda complétait : <em>« Les balais, la serpillière, se pencher pour les poubelles, c’est le dos qui prend. C’est des gestes répétitifs, c’est physique. On est usées. C’est tellement pénible que les filles ne sont pas à temps plein. On a beaucoup de temps partiels, et donc de tout petits salaires. »</em> <em>« Et je te parle même pas des produits qu’on respire, les vapeurs&#8230; On travaille dur, on demande simplement une augmentation sur nos salaires »</em>, poursuivait Isabelle. Elles venaient d’apprendre que TotalEnergies, dont elles récurent la raffinerie, avait <em>« pris un milliard d’euros en mars »</em>. <em>« Et nous on ne pourrait pas avoir plus de quinze balles ? »</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-ast-global-color-0-color has-text-color has-link-color wp-elements-78f874e4cb43f9f3d78b1f1d95873b24 wp-block-paragraph"><strong>« Ils ont de la suite dans les idées, la revanche solidement accrochée aux tripes. »</strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">L’an passé, le 1<sup>er </sup>mai, (comme un symbole), l’ONG Oxfam publiait une étude réalisée sur près de 2000 entreprises, dans 35 pays (dont 18 grands groupes en France). Qu’on vous résume ici, à grands traits&nbsp;: en cinq ans, la rémunération des dirigeants a augmenté de 50&nbsp;%. Salaire moyen&nbsp;: près de 4 millions d’euros. Côté salariés&nbsp;? Une augmentation, sur la même période, de… 0,9&nbsp;%. Cinquante fois moins, en gros, et un <em>«&nbsp;phénomène systémique&nbsp;»</em>, selon Oxfam. Qui précisait que sur cent grandes entreprises françaises, les rémunérations des dirigeants étaient en moyenne 97 fois supérieures à celles de leurs salariés. Et qu&rsquo;au niveau mondial, les dirigeants des multinationales accumulaient en une heure autant d’argent que leurs employés en un an.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui peut supporter un monde comme ça&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le RN, LR, la Macronie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui tiennent, coûte que coûte, à ce que les travailleurs travaillent davantage, plutôt qu’oser envisager que les plus riches puissent laisser échapper, ruisseler, quelques gouttes de leurs profits. Donc, il faut travailler le 1<sup>er</sup> Mai…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils disent défendre les travailleurs, vraiment&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ne pas se battre pour l’indexation des salaires sur l’inflation&nbsp;? Pourquoi voter contre, même, à l’Assemblée&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ne pas défendre la revalorisation du Smic&nbsp;? Pourquoi voter contre, même, à l’Assemblée&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi, depuis quarante ans, concentrer au contraire tous leurs efforts à écraser le travail, à coups d’<em>«&nbsp;assouplissements&nbsp;»</em>, de <em>«&nbsp;flexibilisation&nbsp;»</em>, de <em>«&nbsp;dérégulations&nbsp;»</em>&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sera quoi, la prochaine étape, sous couvert d’aider les gens ? Étendre le travail de nuit ? Ré-autoriser le travail des enfants ? Ils s’étaient à l’époque tant battus, déjà, pour le maintenir – on vous l’a conté, ici, dans ces colonnes…</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est qu’ils ont de la suite dans les idées, et l’esprit de revanche solidement accroché aux tripes. Car le 1<sup>er</sup> Mai, c’est toute une histoire. Une histoire qui débute le 1<sup>er</sup> mai 1886 aux États Unis par une grève générale suivie par 400 000 salariés. La revendication ? Une limitation de la journée de travail à huit heures. Le 3 mai, suite à une charge de policiers sur les manifestants, trois grévistes sont tués. Le lendemain, lors d’une marche blanche, une bombe explose, une bagarre s’ensuit, huit policiers meurent. Sur les cinq syndicalistes condamnés à mort, quatre seront pendus le vendredi 11 novembre 1887, le dernier se suicidera dans sa cellule. L’Histoire prend ensuite racine en France, avec le massacre de Fourmies, dans le Nord : le 1<sup>er</sup> mai 1891, une manifestation a lieu avec la même revendication qu’aux états-Unis cinq ans plus tôt. Mais la journée, pourtant pacifique et festive, vire au massacre : l’armée tire sur la foule. Elle tue neuf personnes, dont deux enfants de treize et onze ans. Le 1<sup>er</sup> Mai devient une date symbolique du mouvement ouvrier, et sera gravé dans le marbre de la Loi après la seconde Guerre mondiale. Le muguet symbolisera, lui, le sang versé à Fourmies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui le 1<sup>er</sup> Mai, «&nbsp;Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs&nbsp;», est férié un peu partout dans le monde. Une histoire de sang et de larmes qu’une vidéo de Catherine Vautrin faisant joujou dans une boulangerie aura du mal à faire oublier – on l’espère du moins.</p>
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		<title>Bruxelles n’a toujours pas sauté.</title>
		<link>https://fakirpresse.info/bruxelles-na-toujours-pas-saute/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 15:03:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°121]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ursula von der Leyen est comme monsieur Jourdain : sans le savoir, ou plutôt en feignant de ne pas le voir, elle fait de la politique. La pire.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Cet accord vient tuer nos agriculteurs, nos exploitations, nos villages. Je refuse le double discours, qu’on demande toujours plus à nos agriculteurs tout en ouvrant nos frontières à une agriculture industrielle importée. Je refuse d’être complice.&nbsp;»</em> Je n’étais pas sûr de bien avoir entendu, ce matin du 18&nbsp;janvier, à la radio. Mais si&nbsp;: un peu partout dans le pays, alors que cinq mille agriculteurs manifestaient à Bruxelles contre la signature programmée de l’accord du Mercosur, des centaines de maires décrochaient le drapeau européen du fronton de leur Hôtel de ville. Et ce sont peut-être surtout les maires de droite, vestiges du RPR-UMP-LR, si longtemps alignés avec la doxa libérale européenne, qui montaient sur l’échelle pour en arracher le bout de tissu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un tournant, à bas bruit mais un tournant, il me semble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Union européenne s’est construite, dès ses prémices en 1951, sur le commerce. Les échanges. Puis les affaires, le business, suite logique. Pour les pays européens il fallait se lier, devenir interdépendants, contraints de s’entendre par l’argent et les marchandises pour ne pas revivre de conflit interne, alors que retombaient à peine les cendres de la deuxième guerre mondiale. Plus tard, en moins de dix ans, de l’Acte unique européen (1986) au traité de Maastricht (1993), l’Union européenne allait respecter, scrupuleusement, l’agenda de l’<em>European Round Table</em>, le principal lobby de multinationales présentes à Bruxelles&nbsp;: après l’abolition des barrières douanières vient celle des contraintes monétaires, des frontières fiscales, tout pour la libre-circulation des marchandises, jusqu’à la construction de dizaines de milliers de kilomètres d’autoroutes à travers le continent. Tout ça pour pouvoir délocaliser vers les pays de l’est de l’Europe. Tout ça avec la bénédiction ravie du président de la Commission de l’époque, Jacques Delors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça n’a jamais changé&nbsp;: le business, sinon rien. Ou alors la guerre&nbsp;! Je me souviens de la campagne du référendum pour le Traité constitutionnel européen, en 2005, et d’un meeting de Nicolas Sarkozy (Que je précise, ici&nbsp;: avec les copains d’Attac on courait, alors, les meetings du «&nbsp;oui&nbsp;» pour tenter de retourner les participants. Certaines fois la tâche était plus compliquée que d’autres.) Le futur président et actuel repris de justice multi-récidiviste le lançait, plein de faux trémolos dans la voix&nbsp;:<em> «&nbsp;Pour venir jusqu’à cette salle, je suis passé devant un cimetière de croix blanches, celles de la deuxième guerre mondiale… Je ne veux plus jamais qu’on revive ça.&nbsp;» </em>Et donc, il fallait voter «&nbsp;oui&nbsp;» à la concurrence libre et non faussée. CQFD.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-left has-ast-global-color-0-color has-text-color has-link-color wp-elements-cc695840f68bf4dbe4958f8c61ace36c wp-block-paragraph"><strong>Ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on est nul en politique qu&rsquo;on n&rsquo;en fait pas.</strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Rien n’a changé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le business, avant et par-dessus tout, reste l’obsession première de l’Union européenne – ou plutôt, soyons justes, de la Commission européenne, celle qui mène la danse, et de sa présidente Ursula von der Leyen. Leur obsession envers et contre tout, contre les emplois, délocalisés, contre l’industrie ruinée, contre l’écologie martyrisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien n’a changé, 75 ans après la CECA, la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Avec en contrepoint une autre dimension, cruellement mise en lumière aujourd’hui&nbsp;: obsédée par l’économie et la course au libre-échange, l’Europe est nulle, toujours aussi nulle, inactive, inopérante, sur le plan politique. Mais attention&nbsp;: ce n’est pas parce qu’on est nul en politique qu’on n’en fait pas. Comme Monsieur Jourdain qui chez Molière faisait de la prose sans le savoir, Ursula fait de la politique sans le savoir, ou plutôt en feignant de ne pas le comprendre. (Autre précision, en forme d’excuse, ici&nbsp;: Ursula von der Leyen n’est pas seule à mener la barque, bien évidemment. Il y a derrière elle des dizaines de commissaires de conseillers de lobbyistes de clones, mais cette Europe, par défaut, elle en est le visage, l’incarnation froide, calculatrice et indifférente.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa prose à elle, donc&nbsp;: désindustrialiser, ne pas protéger ses ouvriers, ses employés, les mettre en concurrence avec le monde entier, c’est faire de la politique. C’est s’aligner sur le vieux dogme d’ouverture des marchés, du libre&nbsp;échange, du libéralisme. Ne pas dire un mot, ou si peu et du bout des lèvres, sur les drames qui se nouent à l’étranger, c’est faire de la politique. Se contenter de chuchoter, à peine, sur l’Ukraine, sur Gaza, sur l’intervention de Donald Trump au Venezuela, et plus récemment sur l’Iran, parce que ce qui compte avant tout c’est le business&nbsp;: c’est faire de la politique. C’est garder le même logiciel vieilli, usé, perdu, mythe des années 1960, qui traîne des décennies de retard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand Ursula va faire allégeance, mettre genou à terre devant Donald qui la menace de droits de douane, pour finalement accepter tous ses diktats, elle fait de la politique. Elle choisit le libre-échange et le libéralisme, plutôt que de prendre au mot le président américain, plutôt que mettre en place de vrais tarifs douaniers en retour. Oui, de vrais tarifs douaniers, et non pas juste pour effrayer ou comme un argument de négociation, mais de manière assumée, pour retrouver notre souveraineté alimentaire, sanitaire, industrielle, numérique. Pas juste pour faire peur, mais pour protéger par là-même notre économie, nos ouvriers, nos paysans, la planète, nos industries, pouvoir investir dans les secteurs stratégiques, et ne plus vendre les entreprises de ces mêmes secteurs…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand elle signe à marche forcée l’accord du Mercosur, qu’elle choisit de ruiner nos agricultures et notre capacité à maîtriser notre destin, Ursula fait de la politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec une différence notable, toutefois, par rapport à ceux qui en auraient légitimement le droit&nbsp;: elle, ils, les membres de la Commission, là où se jouent les décisions, ne sont pas élus. Pas par le peuple en tout cas, pas par les gens qui subissent leurs choix. Ils échappent à la démocratie, irréductibles réfugiés dans leur cité de verre libérale de Bruxelles, quand plus personne sur le terrain ne veut de leur politique – même ces maires de droite qui les soutenaient hier et en décrochent le drapeau aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà quelques années, <em>Fakir </em>sortait un bouquin, dont les pages n’ont pas pris un pli et que je vous recommande, au titre évocateur&nbsp;: <em><a href="https://fakirpresse.info/produit/faut-il-faire-sauter-bruxelles/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Faut&nbsp;il faire sauter Bruxelles&nbsp;?</a></em> (La réponse figurait à la fin.) Bruxelles n’a pas encore sauté, même si l’édifice se fissure sérieusement. La question est de savoir, vu l’urgence de la situation, s’il faut attendre qu’il s’effondre ou sortir de la maison pour réparer les dégâts.</p>
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		<title>Narcotrafic, ou le triomphe de nos élites</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 15:56:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°120]]></category>
		<category><![CDATA[Services publics]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce sont des dirigeants « déconnectés », impuissants parce qu’ils l’ont voulu, qui créent ce terreau de misère et de drames.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>« Tu sais comment ils gèrent</em> <em>l’accompagnement des familles de victimes ? En France, une fois que les visites, les procédures sont terminées, tu sais ce qu’ils font ? Ils te donnent un kit de nettoyage. Pour laver chez toi. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un kit de nettoyage, donc, pour effacer les traces de la mort de son enfant, en plein salon… Hassna, qui nous racontait ça, avait perdu une proche, sa cousine Socayna, 24 ans, tuée d’une balle en pleine poitrine alors qu’elle révisait dans le salon de son appartement marseillais. Le drame avait fait la Une de tous les journaux. Loin du battage médiatique, Hassna y pense encore, sans cesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Fakir</em> avait rencontré des victimes de la mafia, à Naples et à Marseille, il y a deux ans. Tristan, le dirlo de l’association, était allé sur place. Il pensait passer quelques jours au soleil, il en était revenu chamboulé, avec plein de témoignages sous le bras. Il y avait aussi Amine Kessaci et sa maman, déjà victimes, bien avant le meurtre de Mehdi, puisque leur grand frère avait été assassiné, lui aussi, quelques années auparavant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Laëtitia avait pris la parole, également. Son neveu Rayanne avait été tué, à 14 ans, par une rafale de balles alors qu’il jouait devant chez lui, cité des Marronniers, à Marseille, encore. Dans la foulée, Laëtitia avait monté avec d’autres le Collectif des Familles de Victimes. <em>«&nbsp;Des mamans, des tantes, des sœurs… Il fallait que les familles sortent de l’isolement, parce qu’elles éclatent après la mort d’un proche. Alors on fait du soutien psychologique, du suivi scolaire, du relogement&#8230; On s’est rendu compte aussi que beaucoup de dossiers n’étaient plus instruits. Dis-toi qu’aujourd’hui à Marseille il y a encore des familles qui vivent dans le même quartier que le présumé assassin&nbsp;!</em> <em>Même pour des meurtres qui datent de 2016&nbsp;! Les familles tapent à toutes les portes, des élus etc., elles ont été vues par le président Macron, par des ministres… Elles ont été abandonnées depuis si longtemps. On part de si loin… On était tellement seuls que quand Macron il a parlé de Rayanne, ça a été pour dire qu’il faisait le guetteur quand il s’est fait tuer. Alors que tout montrait que c’était pas le cas. Alors que par la suite l’enquête a prouvé que c’était faux. Mais lui, j’te promets… il est tellement déconnecté. Je l’ai forcé à faire une vidéo pour s’excuser d’avoir dit ça, j’te promets…&nbsp;»</em></p>



<h5 class="wp-block-heading has-ast-global-color-0-color has-text-color has-link-color wp-elements-86e9332eb490ad137abb67b501072c94">***</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« C’est parfois les bourgeois des centres-villes qui financent les narcotrafiquants… »</em> C’est ce que déclarait le Président Emmanuel Macron, en conseil des ministres, au lendemain des obsèques de Mehdi Kessaci. <em>« Bourgeois des centres-villes »</em>… De qui parle-t-il ? De lui ? Des siens ? Sur qui veut-il déplacer la culpabilité, alors que toutes les études (celles de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues, de l’Observatoire français des tendances addictives…) montrent que la consommation s’est étendue aujourd’hui à toutes les zones géographiques, urbaines comme rurales, à toutes les classes sociales ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, bien sûr, les consommateurs ont une responsabilité, mais notre Président est un magicien, un vrai, toujours prêt à dégainer la punchline au doigt mouillé pour s’exonérer de toute responsabilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Amine Kessaci, qu’on a voulu faire taire en tuant son frère, montre davantage de lucidité, et de dignité, dans sa tribune du <em>Monde</em>&nbsp;: <em>«&nbsp;Face à un tel ennemi, l’État doit prendre la mesure de ce qu’il se passe et comprendre qu’une lutte à mort est engagée. Il est temps d’agir, par exemple de faire revenir les services publics dans les quartiers, de lutter contre l’échec scolaire qui fournit aux trafiquants une main-d’œuvre soumise […]. Nous comptons nos morts, mais que fait l’État&nbsp;?&nbsp;»</em> Et, quelques lignes plus tôt&nbsp;: <em>«&nbsp;Je dirai les carences de l’État, les failles de la République, les territoires abandonnés et les populations oblitérées.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Que fait l’État&nbsp;? Que font nos dirigeants&nbsp;? Que fait Macron, sinon pérorer&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des opérations de com’, <em>«&nbsp;place nette XXL à Marseille&nbsp;»</em>, qui disparaissent à peine parties les caméras&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi d’autre&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Surveiller les frontières, des moyens pour les douaniers, mieux contrôler les ports, les aéroports, pour limiter l’entrée des drogues&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Ça irait contre le libre-échange.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce n’est pas son projet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lever le secret bancaire, lutter contre les paradis fiscaux, pour <em>«&nbsp;suivre l’argent&nbsp;»</em>, les profits des narcotrafiquants&nbsp;? Non, bien sûr, ce serait desservir nos grandes fortunes dans le même mouvement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce n’est pas son projet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une politique de la ville ambitieuse, alors, le retour des services publics et la rénovation urbaine&nbsp;? Non, parce que ça coûte de l’argent. Et ça, ce n’est pas son projet. D’ailleurs, le Plan banlieues de Jean-Louis Borloo en 2018, à 48 milliards, que beaucoup d’acteurs de terrain avaient approuvé, fut jeté à la poubelle en quoi, cinq minutes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des moyens pour la justice des mineurs, exsangue selon la Défenseure des droits, qui implore plus d’argent pour <em>«&nbsp;éduquer, protéger, prévenir la récidive et la délinquance&nbsp;»</em>&nbsp;? Non. Continuons de tailler dans les services publics, dans l’école, dans la police de proximité, dans les aides aux associations de terrain, les capteurs qui permettent d’entendre les alertes des habitants, d’évaluer la situation et les risques qui montent, depuis les années 1980 au moins en matière de narcotrafic.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne faut jamais s’étonner, ni feindre de s’étonner, que nos actes et nos choix politiques aient des conséquences, même quand celles-ci sont les pires qu’on eût pu imaginer. C’est à ça aussi, finalement, qu’on mesure la déconnexion de nos dirigeants avec la réalité, cette déconnexion dont parlait Laëtitia&nbsp;: à force de ne penser qu’en termes de tableurs, à supprimer une ligne de crédits ici, de subventions là, un financement plus bas, quelques millions, ou plutôt un milliard en moins, tiens, c’est pas grand-chose, ça ne reste qu’une ligne, à force nos «&nbsp;élites&nbsp;» finissent par oublier que leurs décisions ont des impacts, terribles, sur la vie des gens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce qu’elles font reculer l’État, donc le bien commun, et que c’est une loi que l’on observe partout, systématique, quasi physique&nbsp;: quand l’État recule, abandonne des pans entiers de son territoire, de sa population, la mafia s’y engouffre. Et l’État abandonne, recule, consciencieusement, en France, dans les quartiers, dans les campagnes. Et la mafia s’engouffre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le sang et les larmes continuent de couler.</p>
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		<title>Ils se cachent ? Qu’ils se cassent.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 14:57:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°119]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quelle perte, quel drame vivra-t-on si s’envolent 0,003 % des vautours qui s’engraissent sur notre dos ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Taxer les plus riches… <em>euh… non, faut pas, parce que… c’est eux qui créent de l’emploi, alors…&nbsp;»</em> à la radio, ce matin-là, les journalistes allaient <em>«&nbsp;sur le terrain&nbsp;»</em>, comme ils disaient, interroger les gens. Le thème&nbsp;: les plus riches doivent-ils contribuer à l’effort commun pour les fameux <em>«&nbsp;44 milliards&nbsp;»</em> que la Macronie et la droite veulent gratter sur le dos des Français&nbsp;? Honnêtement&nbsp;: pour la plupart des personnes interrogées, cela relevait de l’évidence. Jusqu’à ce monsieur, chauffeur routier je crois&nbsp;: <em>«&nbsp;Non, c’est eux qui créent de l’emploi.&nbsp;»</em> Il soufflait d’une voix peu assurée, comme soucieux de ne pas dire de bêtise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça m’a désolé, consterné, et démoralisé, aussi, un peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que les «&nbsp;éditorialistes économiques&nbsp;» ou «&nbsp;analystes politiques&nbsp;»<em> </em>des plateaux de BFMTV, CNews, LCI nous répètent ça à longueur de temps, comme les pleureuses de l’Antiquité feignaient le malheur dans le sillage des enterrements, qu’ils annoncent tous les malheurs du monde si on s’en prend aux milliardaires, on y est habitués. Mais on mesure mal, peut-être, à quel point leurs discours, depuis trente ans, ont pénétré les esprits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut le répéter, alors, face aux mille bouches qui tentent de nous convaincre du contraire, matin midi et soir&nbsp;: ce sont les gens qui bossent qui créent de la richesse. Les plus riches et les détenteurs des grands groupes ne font que louer leur force de travail, et encore par une cascade de sous-traitances. Pour récupérer, dans l’autre sens, les fruits de ce labeur. Car ils ne redistribuent plus, ils n’investissent plus, mais s’offrent, entre eux, des dividendes, énormes, démesurés, 95 milliards cette année. Mais ce sont les infirmières, les aides de vie, les éboueurs, les caristes, les caissières, les profs, les artisans, les cadres, les bénévoles et tant d’autres, ce sont eux qui créent la richesse dans notre pays, qu’elle soit matérielle ou immatérielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Ceux qu’il faudrait plutôt taxer, les supprimer, même, c’est les élus, les politiques&nbsp;»</em>, concluait le monsieur. Mais quelle est la différence entre des élus et nos chers milliardaires – au-delà de la légitimité populaire dont peuvent se targuer les premiers&nbsp;? Les politiques sont dans la lumière. Comptables de leurs actes, de leurs votes devant les électeurs, et exposés médiatiquement.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong><em>« Surtout, qu’on ne fasse pas le lien entre leur fortune qui déborde et la pauvreté qui gagne. »</em></strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Nos milliardaires, eux&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils se cachent. Restent discrets. Surtout, qu’on ne vienne pas trop les questionner sur leur fortune, colossale, alors que la France n’a jamais créé autant de richesses dans son histoire, rappelons-le, mais que 10&nbsp;millions de personnes survivent sous le seuil de pauvreté. Qu’on ne fasse pas le lien direct, évident, entre leur fortune qui déborde et la misère qui s’installe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tenez&nbsp;: vous connaissiez Axel Dumas&nbsp;? Moi non plus. Jamais entendu parler, jusqu’à récemment. L’homme, PDG d’Hermès, est devenu, au printemps, la première fortune de France, avec 163&nbsp;milliards d’euros, devant Bernard Arnault. Vous ne le connaissez pas parce qu’ils se planquent, comme les Mulliez (propriétaires d’Auchan, Décathlon, Kiloutou, Kiabi… j’arrête là, je n’ai qu’une page), comme tant d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils se cachent, et ils cachent, aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure où on nous vend l’urgence de la dette – pour mieux tailler dans les services publics, l’Hôpital, l’école… – rappelons que la fraude fiscale des plus fortunés et de leurs entreprises représente, selon les estimations, quelque 100&nbsp;milliards de pertes pour l’état, chaque année.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la question, que posait le monsieur interviewé&nbsp;: ne risquent-ils pas de partir, si on les taxe&nbsp;? Si on récupère ne serait-ce qu’une bribe des 377 milliards de cadeaux qu’Emmanuel Macron leur a servi sur un plateau depuis qu’il est à l’Élysée (je vous renvoie à notre calcul, en pages centrales)&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vont-ils se barrer, nous laisser en plan, livrés à nous-mêmes, nous priver de leur talent, leur génie, leur ruissellement&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aime souvent citer pour y répondre feu Bernard Maris, l’écrivain et prof d’économie. Il formulait les choses ainsi, en gros&nbsp;: <em>«&nbsp;Le capitalisme rétribue la rareté. Les meilleurs joueurs de foot gagnent beaucoup d’argent parce qu’ils sont les seuls au monde à pouvoir faire ce qu’ils font avec un ballon. Mais les chefs d’entreprise du CAC&nbsp;40, ceux qui délocalisent, ne prennent des risques qu’avec les vies de leurs employés, les licencient pour mieux faire monter le cours en bourse, ou pour mieux revendre la boîte qu’ils viennent d’acquérir&nbsp;? On trouvera à chaque coin de rue des gens pour les remplacer, et faire aussi mal qu’eux.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">On ajoutera que ces milliardaires, ces <em>«&nbsp;grands capitaines d’industrie&nbsp;»</em>, sont des héritiers, pour l’immense majorité&nbsp;: leur principale vertu est d’avoir reçu de l’argent dès le berceau. C’est le cas de Bernard Arnault, à qui l’état a en plus offert Boussac au début des années 1980, Boussac qu’il a dépecé, siphonné, dont il a viré les employés, avec tous les drames humains qui vont avec, pour n’en garder que les marques de luxe – les plus rentables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, oui, qu’ils partent. On en trouvera plein, des comme lui, des comme eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous le promets. Juré, craché.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’ils partent, avec leurs dividendes, leur patrimoine accumulé depuis des années grâce aux cadeaux fiscaux, leur fortune qui depuis l’arrivée de Macron au pouvoir a bondi de 557&nbsp;milliards, multipliée par deux&nbsp;: ils ne se gaveront plus sur notre dos, au moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et même&nbsp;: contentons-nous, factuellement, des études sur le sujet. Au cœur de l’été, le Conseil d’Analyse économique, organisme rattaché à Matignon, a publié une note sur l’exil fiscal. Ses conclusions sont limpides : <em>«&nbsp;Une augmentation de l’imposition des hauts patrimoines d’un point de pourcentage engendrerait chaque année une diminution de la population de hauts patrimoines résidant fiscalement en France de 0,003 à 0,03 %.&nbsp;»</em> Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité, le résume ainsi&nbsp;: <em>«&nbsp;L’exil fiscal en réponse à l’imposition de la fortune est très faible.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Faire sans eux&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne sera pas dur. Vraiment pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non : le plus compliqué, ce sera d’inverser le cours des évidences proclamées, de combattre des années d’intoxication idéologique et médiatique, de faire passer auprès des gens la conviction que cette argumentation est bidon. On s’y attellera, on s’y attelle déjà, avec notre <em><a href="https://fakirpresse.info/notre-nouveau-tchio-le-braquage-du-siecle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tchio Fakir</a></em>, en pages centrales. Ça prendra le temps qu’il faudra. En attendant, que nos 0,003 % de milliardaires se barrent, oui. Nous, on ne les retiendra pas.</p>
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		<title>Le courage d’Amélie, ou celui d’Aurélia ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 14:17:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°118]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Impitoyables avec les faibles, serviles avec les puissants : la voici, leur vertu.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>«</em> <em>Nous serons</em> <em>le gouvernement du courage, parce que c’est le dernier moment pour en avoir.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Français ne le savent pas, ces ingrats, mais ils ont un gouvernement <em>«&nbsp;courageux&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, qui devise ainsi. Elle veut tailler dans les effectifs de fonctionnaires, les agents territoriaux, les agences de l’état. Les rapports successifs de la Défenseure des droits ont beau rappeler que les citoyens, sur le terrain, sont désemparés face à l’abandon des services publics, insister sur la déshumanisation qu’a créée la suppression des postes, qu’importe. <em>«&nbsp;Ce n’est pas tabou&nbsp;»</em>, précise la ministre. Bien sûr que non&nbsp;: seuls ceux qui manquent de <em>«&nbsp;courage&nbsp;» </em>ont des tabous. D’ailleurs, Amélie de Montchalin, la mine froide et l’œil tranchant de celle qui n’hésite pas une seconde à imposer des sacrifices aux autres, prend le peuple à témoin (c’était sur <em>RTL</em>), et prévient&nbsp;: <em>«&nbsp;Tous les agents qui gèrent de l’argent public sont sous le regard des Français.&nbsp;»</em> Pas de choix&nbsp;: ils seront bien forcés de tailler dans les dépenses, ces couards, puisque les Français les regardent, et les exigent, ces coups de tronçonneuse. D’un même souffle, elle se pare de la légitimité populaire, elle à qui les électeurs ont pourtant dit «&nbsp;non&nbsp;» quand elle s’est représentée devant eux, en 2022.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle sait ce que c’est, elle, d’avoir le courage de retrouver du travail. élue sur la vague macroniste en 2017, Amélie perd son poste de ministre en même temps que son mandat de députée cinq ans plus tard, c’était la règle annoncée. Bon, trois mois après, la voilà nommée, par le Conseil des ministres qu’elle vient de quitter, ambassadrice française auprès de l’OCDE. Ce qui est, avouons-le, une manière plus efficace pour retrouver un poste correct que passer par les agences France Travail, qu’elle supprime d’ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autant que sitôt nommé à Matignon, fin 2024, François Bayrou fait à son tour appel à elle. C’est qu’il a besoin de femmes courageuses pour supprimer 100&nbsp;000 postes de fonctionnaires… François, lui aussi, est<em> «&nbsp;courageux&nbsp;»</em>. Il nous avait prévenus, lors de sa déclaration de politique générale. Juste après avoir salué <em>«&nbsp;les efforts courageux du gouvernement d’Élisabeth Borne&nbsp;»</em> (c’est-à-dire imposer la «&nbsp;réforme&nbsp;» des retraites en 49.3, contre l’avis du peuple et des députés), il l’a assuré&nbsp;: <em>«&nbsp;Quand tout paraît aller mal, on est contraint au courage.&nbsp;»</em> Être <em>«&nbsp;contraint au courage&nbsp;»</em>, obligé de faire usage de ses vertus à son corps défendant&nbsp;: existe-t-il plus belle preuve de don de soi&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ça, toutes ces démonstrations de <em>«&nbsp;courage&nbsp;» </em>s’inscrivent dans un objectif précis&nbsp;: retrancher, encore, 40 milliards au budget pour 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car oui, pardon, on l’oublierait presque&nbsp;: ici, leur <em>«&nbsp;courage&nbsp;» </em>est de tailler dans les dépenses sociales, de réduire les droits. De taper sur les plus fragiles, tout en continuant à favoriser les plus fortunés, comme ils le font depuis trente ans, de suppression de l’ISF en baisse des droits des chômeurs, coups de rabots sur les aides sociales, sur les APL, retraite à 64, 66&nbsp;ans&#8230; Leur courage, c’est d’être impitoyables avec les faibles, serviles avec les puissants. Ça ne date pas d’aujourd’hui. <em>«&nbsp;Le projet de réforme des retraites, supprimer le statut de la SNCF, c’était courageux&nbsp;!&nbsp;»</em>, pérore Édouard Philippe, l’ancien Premier ministre déjà candidat pour 2027, actuellement en tournée promotionnelle de son propre courage. La suppression de l’ISF, soit trois milliards en moins pour le social&nbsp;? <em>«&nbsp;J’assume de prendre des mesures courageuses.&nbsp;»</em> C’est beau, <em>«&nbsp;d’assumer&nbsp;»</em> à ce point.</p>



<h5 class="wp-block-heading has-ast-global-color-0-color has-text-color has-link-color wp-elements-37013a3ab99d8a7fdbfc1eed73629539"><em><strong>« On a rien, mais on n’est pas là pour mendier. »</strong></em></h5>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà, concrètement, <em>ce «&nbsp;courage&nbsp;»</em> dont ils se vantent&nbsp;: celui de maintenir sous l’eau la tête de l’auxiliaire de vie mal payée qui cherche à respirer, d’appuyer bien fort sur celle du chômeur en fin de droits qui ne peut plus se loger, de l’étudiante qui ne mange plus, de la maman qui élève seule ses gosses, enfoncer, noyer, les caissières, les ouvriers, les caristes, les infirmières&#8230; <em>«&nbsp;à 900&nbsp;€ par mois je m’en sortais. Je ne sortais jamais, pas de loisirs, mais je m’en sortais. Mais avec la nouvelle réforme, je suis passée à 700&nbsp;€, ce n’est pas possible. Je paye le crédit pour la maison de 600&nbsp;€, je m’achète à manger et voilà… Je ne peux plus payer mes factures. Eau, gaz, électricité, ça fait deux mois que je ne les ai pas payées. C’est plus que ric-rac…&nbsp;»</em> C’est Aurélia, aide pour enfants polyhandicapés dans une petite ville du Loiret, qui nous racontait son quotidien, après une énième réduction des droits des chômeurs, sous Gabriel Attal ou l’un de ses clones, je ne sais même plus. Elle enchaînait les CDD depuis dix ans et s’était retrouvée au chômage la veille. <em>«&nbsp;Pourtant, j’ai toujours bossé, toujours payé mon loyer. Ça m’angoisse vraiment. On n’a rien, dans ma famille. Et je ne peux même pas aider mon fils.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">— <em>Tu manges à ta faim&nbsp;?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">— <em>Les fins de mois sont compliquées… Mais je veux dire une chose&nbsp;: on n’est pas assistés. On n’est pas là pour mendier. Comment aider les autres si je ne peux pas vivre moi-même&nbsp;?&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aurélia a ensuite retrouvé du boulot, dans le social, comme médiatrice, <em>«&nbsp;précaire à s’occuper des précaires&nbsp;»</em>.<em>&nbsp;«&nbsp;On voit des trucs horribles, vraiment. Psychologiquement, c’est compliqué. On remplace des institutions et des services publics où il n’y a plus personne.&nbsp;» </em>Ces fameux services publics dont la courageuse Amélie de Montchalin vire les agents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai reçu un mail, voilà deux jours. Une maman qui ne pouvait pas inscrire sa fille de huit ans à la natation, parce que le pass Sport, l’aide jusque-là attribuée aux gamins pour rejoindre une association, a été supprimé, vidé de sa substance. Une autre décision pleine de courage. <em>«&nbsp;Voilà, ma petite fille, faudra qu’elle attende encore six ans pour nager, à présent il faut avoir 14 ans pour en bénéficier&#8230; Je suis fatiguée, j’ai l’impression de passer ma vie à courir après les reliquats et autres promotions qu’on me jette pour vivre (lorsque l’on me permet de les récupérer). Je suis enseignante, bac+5, maman solo et clairement je vide mes comptes en banque, j’arrive dans le rouge tous les mois, en prenant pourtant des heures sup. Pourquoi&nbsp;? Pour tenter de divertir et construire ma fille un tant soit peu, mais ça ne va bientôt plus être possible&#8230;&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous révèle un scoop&nbsp;: je préfère le courage de cette maman, ou celui d’Aurélia, ou du père de famille qui, à l’usine ou intérimaire, ne voit pas grandir ses gosses, au <em>«&nbsp;courage&nbsp;»</em> d’Amélie de Montchalin, d’Édouard Philippe, de François Bayrou, d’Élisabeth Borne et Gabriel Attal réunis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous faudra juste un peu de courage supplémentaire pour les dégager, et ne plus dépendre de leur idéologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>« Faut rester calme, à chaque instant… »</title>
		<link>https://fakirpresse.info/faut-rester-calme-a-chaque-instant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 14:17:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Carnets de bord]]></category>
		<category><![CDATA[Carnets de Bord]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°118]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<category><![CDATA[abonnés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une sacrée vie, la vingtaine à peine entamée, que de dormir à la rue, et depuis si longtemps pour Romain et Mona. Et quelle force il faut, pour endurer ce qu’ils endurent comme si c’était la norme, et puis rester droits…</p>
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		<title>Qu’on leur coupe la dette !</title>
		<link>https://fakirpresse.info/quon-leur-coupe-la-dette/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Apr 2025 10:09:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°117]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ils nous refont le coup : à cause de la « dette », il faudrait tailler dans les dépenses sociales. C’est oublier que cette dette, nos dirigeants l’ont amplifiée, instrumentalisée. Et qu’ils continuent d’en profiter…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>« La dette française menace la survie de notre pays. La situation est dramatique. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je secouais la tête, soupirant, en entendant le Premier ministre François Bayrou, la voix grave, nous annoncer les plaies d’Égypte et la disparition prochaine du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je soufflais, désabusé. Parce que ça fait quoi&nbsp;? Vingt ans, trente ans qu’on entend ça&nbsp;? qu’ils nous servent le même refrain pour les mêmes desseins&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ça peut encore passer&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment peuvent-ils encore faire croire à leurs balivernes&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux jours plus tard, c’est Éric Lombard, ministre de l’économie, qui assurait le service après-vente. Cette fois, la situation était <em>«&nbsp;critique&nbsp;»</em>, le <em>«&nbsp;niveau d’endettement insoutenable&nbsp;: 3300 milliards&nbsp;!&nbsp;»</em>. Et <em>«&nbsp;67 milliards chaque année, rien que pour les intérêts&nbsp;»</em>&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trente ans qu’il dure, ce cirque, et qu’il passe toujours aussi bien sur les plateaux télé, et les éditorialistes de pérorer, de digresser sur le bon moment de Bayrou, en gardant bien en tête, bien sûr, le principal&nbsp;: <em>«&nbsp;On n’a pas le choix, vous voyez bien les chiffres.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui me désespère le plus, je crois, ce n’est pas eux&nbsp;: ce sont les gens qu’on rencontre sur le terrain, ouvriers, artisans, chômeurs, ou précaires, chez qui le discours finit par percer. Qui vous le glissent, presque timidement, au détour d’une discussion&nbsp;: maintenir la protection sociale, investir, <em>«&nbsp;c’est vrai que c’est difficile, quand même, avec la dette…&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, si&nbsp;: malgré le trop-plein du refrain, il faut remonter au front.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Redire les choses, encore et encore, tant qu’eux n’auront pas arrêté&nbsp;: leur dette, c’est du bidon. Un prétexte pour imposer leurs politiques, tailler dans le social, l’écologie et les investissements, et protéger les profits de leurs amis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dire, d’abord, parce qu’il faut toujours commencer par là, leur nullité&nbsp;: la dette, c’est eux, avant tout. Qu’on se replonge dans les chiffres de l’Insee, ceux du 3e trimestre 2017, alors que Macron était président depuis quelques mois&nbsp;: la dette, alors, s’élève 2200 milliards. Contre 3300 milliards aujourd’hui, geignait le ministre Lombard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pose 3300, je soustrais 2200, même pas de retenue ou quoi, ça se fait de tête… 1100 milliards&nbsp;: Macron le Mozart de la finance et ses gouvernements successifs, Édouard Philippe, Jean Castex, Élisabeth Borne, et Bruno Le Maire à la baguette, ont creusé la dette de 1100 milliards, soit exactement 50&nbsp;% d’augmentation en huit ans. On ne doit pas être loin du record de France. (Et qu’on précise&nbsp;: sur cette somme, seuls 165 milliards sont imputables au <em>«&nbsp;quoi qu’il en coûte&nbsp;»</em> de la période Covid, a calculé l’Insee&nbsp;: leur joker ne tient pas la route.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bref&nbsp;: ils sont nuls.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pas seulement&nbsp;: ils sont intéressés, aussi. Car désendetter, ça peut rapporter gros, mais seulement à certains. En 2005, c’est Nicolas Sarkozy, alors à l’Intérieur, et le ministre de l’économie Thierry Breton qui le clamaient sur tous les tons, en découpant bien le mot&nbsp;: <em>«&nbsp;Il faut dé-sen-det-ter la France&nbsp;!&nbsp;»</em> Leur objectif&nbsp;: privatiser, pour renflouer les caisses, les autoroutes françaises. Elles sont alors bradées, pour 14,8 milliards, à trois sociétés privées. Quinze ans plus tard, elles auront rapporté… 30 milliards aux actionnaires. Une rente, énorme. Qu’aurait-on pu faire, avec cet argent&nbsp;? Pendant qu’eux accélèrent ainsi la ruine du pays, et augmentent, donc, la dette, leur si chère dette&nbsp;? Qu’on ne nous dise pas que c’était un autre temps, d’autres gens&nbsp;: dans les cabinets ministériels de l’époque, deux personnes ont poussé de toutes leurs forces pour faire aboutir la privatisation&nbsp;: Alexis Kohler, récemment encore secrétaire de l’Élysée, et Borne, ancienne Première ministre, aujourd’hui à l’éducation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous fions pas à leurs grands airs, ne tombons pas dans le panneau&nbsp;: ils sont nuls, et servent d’autres intérêts que les nôtres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car en contrepartie, à qui vont-ils les arracher, leurs <em>«&nbsp;40 milliards&nbsp;»</em>&nbsp;? Je dis «&nbsp;arracher&nbsp;» volontairement&nbsp;: parler «&nbsp;d’économies&nbsp;», ce n’est pas juste. N’employons plus ce mot&nbsp;: «&nbsp;économies&nbsp;», le sens est presque joli, et personne ne veut jeter l’argent par les fenêtres. Non&nbsp;: on devrait parler de tailles franches, de coups de hache, de massacre à la tronçonneuse, comme vous voulez, mais ça décrira mieux le carnage social que ça induit, sur les services publics, l’école, le social, l’hôpital. Mais <em>«&nbsp;on ne va pas entrer dans les détails techniques&nbsp;»</em>, esquivait le ministre Lombard sur Radio France, quand la journaliste lui objectait qu’on pourrait aussi augmenter les recettes. Le ministre évoquait les retraités, les malades, à taper. <em>«&nbsp;Cette dette, elle représente 50&nbsp;000 euros par Français&nbsp;»</em>, effrayait-il. Diable&nbsp;! Ne pourrait-on pas, alors, solliciter certains plus que d’autres&nbsp;? Prendre dans les 200 milliards d’aides annuelles versés sans contreparties aux entreprises (ce qui creuse la dette), mais dont les plus grosses firmes se gavent, avec près de 100 milliards de dividendes et rachat d’actions, l’an passé, dans le pays&nbsp;? Dans les 22 milliards annuels du Crédit impôt compétitivité emploi, qui creusent la dette mais n’ont créé aucun emploi dans notre pays depuis 2014, selon France Stratégie&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà leur dette, voilà leur faillite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà ce et ceux qui menacent la survie de notre pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le même temps, les conservateurs allemands proposent un vaste plan d’investissement de 500&nbsp;milliards d’euros sur douze ans dans les infrastructures et la transition écologique. Parce que oui&nbsp;: investir, dans l’écologie et les services publics, ça rapporte, ça rapporte beaucoup. On vous renvoie au <em>Perry School Project</em>, dont on vous a déjà parlé ici (retrouvez l’histoire sur notre site), cette étude menée sur trente ans auprès d’enfants pauvres, aux états-Unis. On investissait massivement de l’argent sur leur éducation, en soutien scolaire, etc. Devenus jeunes adultes, <em>«&nbsp;l’expérience démontre un impact de long terme considérable.</em> […] <em>Les évaluations aujourd’hui disponibles révèlent que les bénéfices sociaux (ne serait-ce qu’en termes d’aides sociales économisées et d’incarcérations évitées) sont près de huit fois plus importantes </em>[que les investissements]<em>.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">François Bayrou n’a jamais entendu parler du <em>Perry School Project</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne lui en veut même pas. Mais puisque ce numéro s’appelle <em>«&nbsp;Comment la gauche doit gagner&nbsp;»</em>, qu’elle commence par le dire, haut et fort&nbsp;: leur dette n’est pas celle des Français. Et elle ne doit pas, ne doit plus servir les intérêts particuliers, politiques ou financiers, de ceux qui l’ont créée.</p>
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		<title>C’est vrai : les extrêmes se rejoignent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Feb 2025 14:58:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[N°116]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Extrême droite et extrême argent : voilà le nouvel ennemi, la nouvelle bête qui nous fait face.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« J&rsquo;ai entendu le cri d&rsquo;alarme… »</em></p>
<p>Allons bon. Je dresse l’oreille, en entendant la radio, ce matin-là,  en plein bouclage. De qui Jordan a-t-il entendu le <em>« cri d’alarme »</em> ? Des 1300 salariés licenciés de Michelin, qui viennent de découvrir que leurs actionnaires allaient se gaver de près d’un milliard de dividendes ? Celui des soignants, qui le hurlent, même, qu’on meurt désormais à l’Hôpital, en France, faute de moyens et de personnels ?</p>
<p>Non : <em>« J&rsquo;ai entendu le cri d&rsquo;alarme de Bernard Arnault. »</em> Jordan Bardella, puisque c’est bien de lui qu’il s’agit, a entendu chouiner le milliardaire français, assis sur une fortune de 200 milliards, ses yachts, ses châteaux, et une bonne dose d’optimisation fiscale. Jordan entend la complainte, parce que, voyez-vous, <em>« un dirigeant d&rsquo;entreprise qui prend des risques, qui investit, qui se lève parfois très très tôt, bien avant ses salariés, et qui vient dire :</em> ‘‘C’est un enfer fiscal de travailler et d&rsquo;investir en France’’, <em>on ne peut pas être sourd à ce cri d&rsquo;alarme. »</em> On objecterait bien à Jordy que si son ami Bernie investit, c’est surtout avec les aides de l’État, que s’il prend des risques c’est surtout pour ses employés et pas vraiment pour lui, hein, on ne va pas se mentir, et qu’on n’est pas certains non plus qu’il se lève plus tôt que les ouvrières qui fabriquent ses costumes en 3&#215;8.</p>
<p>Mais là n’est pas l’essentiel, loin s’en faut.</p>
<p>L’essentiel, c’est d’entendre le leader du Rassemblement national s’assumer de plus en plus ouvertement, et son parti avec lui. Et voilà que la frontière s’efface, qu’apparaît plus que jamais la consanguinité entre l’extrême droite et la droite libérale.</p>
<p>Les exemples sont nombreux, en la matière.</p>
<p>Prenez la tronçonneuse, par exemple.</p>
<p>Oui, la tronçonneuse d’Éric Ciotti (en plastique, il ne voulait pas se blesser). L’ancien chef des LR, passé allié du RN, la brandissait devant les médias interloqués, le 21 janvier dernier, pour mieux singer Javier Milei – le président argentin, qui aime ainsi symboliser sa volonté de tailler dans les dépenses sociales. Ciotti est un formidable trait d’union des droites extrêmes libérales internationales, à défaut d’autre chose : lui promet 600 milliards d’euros de coupes dans les dépenses publiques en France, quand Elon Musk, de l’autre côté de l’Atlantique, vise les 1000 milliards de dollars.</p>
<p>On a évoqué Ciotti, on aurait pu rappeler Valérie Pécresse, ex-candidate LR à la Présidentielle, qui proposait à l’époque la création d’un <em>« comité de la hache »</em> pour tailler les dépenses publiques et sociales. Et redisait sur X en novembre dernier toute son admiration pour le nouveau meilleur ami de Trump : <em>« J’en ai rêvé, Musk va le faire. »</em> On pourrait parler de Christelle Morançais, la numéro deux du parti d’Édouard Philippe, l’ancien premier ministre macroniste ex-LR nouveau Horizons bientôt on-ne-sait-quoi, elle qui sort son sécateur quand elle entend le mot « culture » : cent millions d’euros retranchés, en particulier pour les associations, dans la région qu’elle préside des Pays de la Loire. Au point qu’Édouard Philippe voit déjà en Morançais, ancienne participante à la Manif pour Tous, sa future ministre de l’économie, elle qui trouve Musk <em>« génial »</em>.</p>
<p>Tout ce petit monde se retrouve sur l’essentiel, l’économie. Et on n’est pas à un ou deux saluts nazis près.</p>
<p>Bref, on le disait déjà, il y a quelques mois, dans ces colonnes : extrême droite et extrême argent ont fusionné. Politiquement, il faut désormais lier les deux : l&rsquo;une ne va pas sans l&rsquo;autre. C’est que rien dans le projet des uns ne dérange fondamentalement les autres. Ils ont les mêmes objectifs, sur le plan social. Le jour même de la déclaration d’amour de Bardella à Arnault, on apprenait que le RN s’abstiendrait sagement de voter la proposition de loi instaurant un impôt minimum de 2 % sur le patrimoine des ultra-riches. Un épisode parmi d’autres. Comme la droite (incluant la Macronie, évidemment), le RN a voté contre l’indexation des salaires sur l’inflation (le 20/07/2022, à l’Assemblée). Comme la droite, le même jour, le RN a voté contre la hausse du SMIC. Comme la droite, le 25 octobre dernier, le RN a voté contre le retour de l’ISF. Comme la droite, le RN vote contre la hausse de 8 milliards d’euros d’impôts sur les grandes entreprises…</p>
<p>Jusque-là, le parti lepéniste évitait de trop l&rsquo;afficher. C’est que ses électeurs, en particulier les plus modestes, sont en demande d’un état social et protecteur. Alors, l’imposture a la vie dure. Difficile aujourd’hui, toutefois, de ne pas faire allégeance aux « grands » patrons comme Bernard Arnault : l’odeur du pouvoir est là, qui se rapproche, et leur soutien sera précieux. Car les connexions entre leurs mondes et leurs intérêts sont désormais flagrantes. Voir ce « grand capitaine d’industrie » d’Arnault (c’est ironique, hein), ce « créateur d’emplois » (c’est encore ironique), ce chouchou de la Macronie jubiler à l’investiture de Trump, filmant, se prenant en photo, n’étonna que les naïfs. <em>Business is business</em>, comme pour les géants de la Tech qui ont plié le genou devant le président américain : si on se gave autant avec l’extrême droite qu’avec la droite, alors frayons avec l’extrême droite.</p>
<p>Tous ont le même projet économique et social : trancher au maximum dans l’école, dans l’hôpital, dans les services publics, et qu’importe le racisme, qu’importe les valeurs ou le reste. <em>Business is business</em>. Les uns et les autres dirigent ensemble, désormais. Le RN a joué une fois la carte de la censure, histoire que leurs accointances ne deviennent pas trop voyantes pour son électorat, mais la grande trouille de Macron, de la droite et du RN reste de voir arriver la gauche aux responsabilités.</p>
<p>Pour dépasser ce barrage, il faudra donc opposer à ce double projet qui a fusionné une triple riposte : combattre leur atavisme raciste de division de la société – les fondamentaux des dirigeants du RN sont toujours là –, mais aussi démasquer l’arnaque, et enfin œuvrer pour un vrai progrès social de rupture, parce que les attentes des gens aux vies laminées par trente ans de délocalisations et de culte du profit à tout crin sont énormes en la matière. Et qu’on ne pourra rien faire sans eux ni leur soutien.</p>
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		<title>Les ogres et les chouineurs</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cyril Pocréaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Dec 2024 11:49:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°115]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>250 000 suppressions d’emplois sont en cours, en France. Parce que les firmes se gavent, et que nos dirigeants font semblant de ne rien voir. Alors qu’ils l’ont permise, organisée, cette saignée, depuis trente ans…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Je veux savoir ce que ces groupes ont fait de l’argent public qu’on leur a donné ! »</em><br />
Michel Barnier, alors encore Premier ministre, tonnait, en ce 5 novembre, à l’Assemblée nationale. Ou faisait mine de s’énerver, plutôt, alors qu’Auchan et Michelin annonçaient la fermeture de dix magasins et la suppression de 2389 emplois en France pour le premier, de deux sites et 1254 postes pour le second. Face aux protestations, Michel « veut savoir », donc. Comme s’il ne savait pas déjà. Comme s’il n’avait pas, comme s’ils n’avaient pas, lui et tous les Premiers ministres qui se succèdent à Matignon depuis quarante ans, les moyens de le savoir, rapports officiels, France Stratégie, des bureaux d’études, des notes&#8230;<br />
Et ils ne savent pas ?<br />
En la matière, le champion toutes catégories restera sans doute longtemps Bruno Le Maire, qui ne savait rien, ne voyait rien, voulait <em>« vérifier les informations »</em> quand on évoquait par exemple devant lui le scandale OpenLux, ces grandes fortunes françaises qui échappaient à l’impôt via des sociétés offshore. Michel Barnier était lui aussi un talent prometteur, en la matière. Il poursuivait en effet, sur Auchan, Michelin et l’utilisation des deniers publics : <em>« Donc nous allons poser des questions et nous verrons si cet argent a été bien ou mal utilisé, pour en tirer les leçons. »</em><br />
C’est un talent, vous dis‑je : une seule phrase, trois enfumages. Voyez :<br />
<em>— « Nous allons poser des questions… »</em> : ni Auchan ni Michelin n’y répondront jamais, Michel. Vous le savez parfaitement.<br />
<em>— « Nous verrons si cet argent est bien ou mal utilisé… »</em> On vous donne une piste, déjà, sur <em>« l’utilisation de cet argent »</em> : entre 2021 et 2022, le groupe propriétaire d’Auchan a versé en tout près d’un milliard de dividendes à ses actionnaires (la famille Mulliez, à 98 %), et reçu de l’État un demi‑milliard grâce au seul CICE, entre 2013 et 2018. C’est mieux, ou pire encore, pour Michelin : 1,4 milliard devrait être versé aux actionnaires en 2024. Soit 50 % de plus qu’en 2023.<br />
<em>— « … pour en tirer des leçons »</em> : Non, Michel : vous n’en tirerez aucune, bien évidemment. Comme tous vos prédécesseurs depuis des lustres.</p>
<p>Pourquoi ?<br />
Parce que c’est leur « projeeeeeet », en fait : nourrir les ogres.<br />
Gaver le Capital, pas tant parce qu’ils croient sincèrement à la farce du ruissellement, mais par idéologie pure.<br />
Servir les puissants, arroser les gagnants, et lever le ban.<br />
C’est leur projet de comprimer les salaires pour augmenter les dividendes, de laisser faire les licenciements en ouvrant la moindre bribe de commerce à la concurrence internationale, puis, pour compenser les aides versées aux firmes, raboter encore les droits des chômeurs, que ces chômeurs passent ensuite au RSA, et puis qu’ensuite on les exclue du RSA.<br />
On parlerait de planquer la poussière sous le tapis, si ce n’était pas des hommes, des femmes, derrière tout ça.<br />
Mais revenons à nos moutons, à nos élus : ils <em>« posent des questions », « demandent »</em>, écrivent des courriers même, parfois, aux propriétaires des grands groupes, pour se plaindre. C’est qu’ils perpétuent une longue tradition de pleurnichage chez ceux qui, depuis des années, ont organisé et organisent encore la saignée.</p>
<p>Comment ?<br />
En favorisant, méthodiquement, systématiquement, depuis trente ans, les délocalisations. Pour permettre à Michelin and co d’aller voir ailleurs, d’abord en Europe de l’Est, puis en Afrique du Nord, maintenant en Asie, là où à défaut d’une herbe plus verte les coûts du travail, des salaires, de la protection sociale, de l’environnement, sont plus bas, jusqu’au ras des pâquerettes.<br />
Ce sont eux, les mêmes qui chouinent et <em>« demandent »</em> aujourd’hui, qui ont applaudi, et voté, au Parlement européen, ou à l’Assemblée nationale, pour approuver cette Europe de la « concurrence libre et non faussée » des travailleurs entre eux. Qui l’ont sanctuarisée, inscrite dans le marbre, constamment, traité après traité, de Maastricht (1993) à Lisbonne (2007), <em>« la libre circulation des capitaux et des marchandises »</em>, où la recherche du moindre coût et du profit maximal pour les actionnaires est érigée en vertu, en valeur cardinale.<br />
Ce sont les mêmes qui chouinent et <em>« demandent »</em> qui ont voté, hier et avant‑hier, tous les textes qui nous ont menés là. Des accords de Marrakech, ravageant l’industrie en France dès leur mise en place au milieu des années 90, aux traités de libre échange, et Tafta, et Ceta, jusqu’au Mercosur qu&rsquo;ils finiront bien par signer (mais attention, toutefois : les agriculteurs en tracteurs sont plus coriaces que des salariés virés, éparpillés façon puzzle).</p>
<p>Ils en sont les complices, pire, les acteurs, de cette situation qui fait que Michelin, comme tant d’autres avant, vont voir ailleurs. Comme Whirlpool, dont le PDG, en 1989 (la boîte s’appelait alors Philips) Wisse Dekker, annonçait : <em>« Les coûts sociaux, en Europe, nuisent à la compétitivité – la Sécurité sociale, les allocations chômage, handicapés, les dépenses pour l’éducation, et ainsi de suite. Aussi, on doit trouver les moyens d’avoir une industrie européenne compétitive grâce à des changements politiques. »</em><br />
Il assénait ça, quelques années avant de délocaliser ses usines, au gré des textes signés par Michel Barnier et ses amis, tous ses amis.</p>
<p>Une vague, un tsunami, plutôt, de licenciements dévaste le champ social en France. <em>« C’est dramatique de voir autant d’argent du contribuable s’envoler par les fenêtres, dilapidé par des multinationales pour délocaliser »</em>, se désolait hier encore quand on l’interrogeait Sébastien Menesplier, de la CGT. 250 000 emplois pourraient être supprimés au total, alors que les plans dits « sociaux » (terrible oxymore !) se multiplient.<br />
Les ogres ont encore de beaux jours devant eux.<br />
Quant aux chouineurs faussement naïfs, les victimes de leurs choix finiront bien par comprendre que leurs larmes sont celles des crocodiles qui les dévorent depuis trois décennies.</p>
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