Ça y est : Bègles, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Mouans-Sartoux, Paris et Rennes ont annoncé le retrait du thon de leurs cantines scolaires, jusqu’à ce que le taux de mercure dans les conserves revienne à au niveau de la norme sanitaire acceptée pour la santé humaine.
La mesure était dans l’air depuis un moment : les mairies s’engagent à protéger ce qui devrait être une priorité du gouvernement, la santé – des enfants, ici, en l’occurrence. Elles demandent que «la limite maximale de mercure autorisée dans le thon soit abaissée à la teneur la plus stricte existant pour le poisson, à savoir 0,3 mg/kg ».
Et pour cause… L’ONG Bloom, qui lutte pour la préservation des ressources halieutiques et des océans, a mené l’enquête sur la marque Petit Navire (mais gros business, apparemment) : 148 boîtes ont été analysées dans quinze villes de différents pays (Angleterre, Allemagne, Espagne, France et Italie). Dans chaque ville, un supermarché a été tiré au sort. Et dans chaque supermarché, dix boîtes ont été sélectionnées aléatoirement vous suivez toujours ?). Et les résultats sont délirants :
- Une boîte sur dix dépasse la teneur définie pour le thon frais, qui est de 1 mg/kg.
- Sur les 148 boîtes, une boîte de Petit Navire achetée dans un Carrefour City à Paris affiche une teneur record de 3,9 mg/kg. C’est presque 4 fois la teneur maximale du thon frais et 13 fois celle des espèces soumises à la norme la plus restrictive…
Le mercure, véritable destructeur
Or le mercure est considéré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l’une des dix substances chimiques les plus inquiétantes pour la santé humaine. Cancérogène, mutagène, des effets nocifs sur le système nerveux, digestif, immunitaire et toxique pour les poumons, reins, peau et yeux… Pourtant, c’est silence radio du côté des gouvernements – au dire que les lobbyistes des grandes compagnies de pêche sont efficaces (on vous racontait ça ici). D’ailleurs, cet été, Petit Navire a mené une vaste campagne publicitaire… sans appliquer ou annoncer une seule fois un seuil de mercure plus protecteur de la santé humaine dans ses produits.
Une chaîne alimentaire contaminée
Mais au fait, comment le mercure se retrouve-t-il dans les boîtes de thon ? C’est qu’au contact de l’eau, il se transforme, sous l’effet de micro-organismes, en méthylmercure, un composé ultratoxique. Ce méthylmercure se dépose dans les fonds marins à faible concentration. Mais il s’accumule progressivement dans les organismes aquatiques, et à la fin de la chaîne alimentaire, les gros poissons carnivores se retrouvent avec une forte concentration de mercure dans leur chair.
Au moins, pendant que l’État reste inactif, les mairies, elles, prennent les choses en main.
Et à Fakir, ce n’est pas la première fois qu’on vous décrit sur les dessous de la pêche au thon. Souvenez-vous, dans le n°108 « Le capital raconté par ma boite de thon en conserve »…
Ça commençait comme ça…

Jusqu’à la fin des thons
8 millions : près de 8 millions de tonnes de thon furent arrachées aux océans pour la seule année 2018, selon un rapport de la FAO. Soit environ 91 millions d’animaux. Un chiffre qui en dit beaucoup : la pêche est une activité de « cueillette hyper prédatrice et court‑termiste » qui ne tient pas assez compte des délais nécessaires à la reconstitution des stocks, selon l’ONG Sea Shepherd. Pour remplir nos boîtes de thon rondes et bleues, tous les moyens sont bons.
Par exemple pêcher des juvéniles – ces poissons trop jeunes pour avoir eu le temps de se reproduire – parce que les plus gros poissons manquent. Ou utiliser des techniques comme le DCP, dispositif de concentration des poissons sous abris flottants, qui génère chaque année 100 000 tonnes de rejet de poissons, tortues, dauphins. Les industriels évoquent d’inévitables « dommages collatéraux » : environ un million de requins sont tués chaque année, rien que dans l’Océan Indien. Bref : on ne lésine pas sur les moyens.



