La revanche des "petits"
"Mes grands-parents vivaient sur une petite exploitation de quinze hectares. Ils avaient du mal à vivre, tuaient le cochon, vendaient le beurre, se chauffaient au bois… Presque en autarcie, à part quelques œufs sur le marché."
Didier Goubil est aujourd'hui élu de la Chambre d'agriculture du Finistère, président du pôle aviculture régional – et défenseur du "modèle [productiviste] breton". Avec ses bonnes raisons, liées à l'histoire de sa famille :
"Mon père hésitait : il a passé le concours de la gendarmerie, et la même semaine, son oncle et sa tante lui ont dit d'accord pour lui laisser leurs terres. Il allait s'agrandir un peu, et avec 25 hectares il s'en tirerait, il pensait.
Mais la Chambre d'agriculture lui répétait : “Vous aurez du mal, avec si peu de surface.” À l'époque, sur Carhaix, il y avait six négociants en volailles. Ils avaient commencé à envoyer quelques camions sur Paris, chaque semaine, dans les restaurants, mais les mandataires sur Rungis se plaignaient de l'hétérogénéité : y en avait des gras, des maigres, des déplumés. Ils réclamaient de la came standardisée.
Mon père faisait partie des jeunes, qui innovaient, dans les porcs, ou dans la volaille. Et il s'est lancé : il a construit un premier poulailler, en 1960. Mon grand-père freinait. C'était pas une mince affaire : le maçon du coin l'a pris pour un fou... Cinq cents poulets ! Ça mobilisait toutes les économies."



