
Mais qu'est-ce que je fous là ? Un vol d'oiseaux s'échappe d'un arbre. La nuit marche sur l'aéroport de Libreville, en plein Gabon, mais la chaleur m'envahit le visage et tout le corps.
Mais qu'est-ce que je fous là ?
Moi qui voyage, au mieux, chez les cousins belges ? Moi pour qui les villes les plus méridionales sont Nantes ou Châteauroux ? Moi, le plouc picard, qui passe mes vacances à Gardincourt, quinze jours din min gardin et quinze jours din ma cour ? Moi qui ne chante jamais “emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles” ?
Je sais.
"Entendre ton rire, qui lézarde les murs, qui sait surtout guérir mes blessures."
Je viens entendre les rires d'Athacia.
Je me souviens.
Il y a neuf ans, j'étais éducateur au centre Jules Verne, un foyer pour enfants polyhandicapés à Amiens.
Un matin, je discutais peinard avec les collègues, "smack !" Le baiser avait claqué sur ma joue ! Et un éclat de rire ! Son rire, le rire d'Athacia. Elle avait six ans, ce bisou était le premier d'une longue série. Y a des gens qui assassinent, qui torturent, Athacia distribue des "tissous", comme elle dit, ma sérial-tisseuse. Y a des gens qui s'entretuent, elle nous apprend à nous entrevivre.

Lorsqu'elle avait un peu plus d'un an, au Gabon, une méningite l'avait privée de ses jambes et de plein de choses – mais pas de sa joie. Et elle m'avait contaminé, sa joie. J'enfourchais mon vélo ravi, à l'époque, avant sept heures du



