«Je suis allé faire mon footing ce matin, ça m’a fait réfléchir. Préparezvous, la semaine va être chargée ! » Le confinement venait d’être décrété, on se préparait à tourner, comme une partie du pays, au ralenti, un peu tranquilles, un peu peinards. Ça ferait pas de mal de souffler, depuis le temps qu’on se la promettait, cette pause, mais qu’on la repoussait. Là, l’occasion était belle. C’était une sorte de promesse tacite. C’était trop beau. Juste après le confinement ordonné par le chef de l’État, le message de notre Chef à nous tombait sur nos téléphones.
« La semaine va être chargée ! » Il s’en réjouissait, clairement, le Ruffin, poussant le sadisme jusque dans le point d’exclamation. « Je cours, donc, vers 6 heures du matin, sur les bords de Somme. Et qu’estce que je vois, à l’aube ? Un gars qui revenait des hortillonnages avec ses radis, en contrebande ! Il se sentait pris en flagrant délit ! En pleine journée, il aurait pris une amende, alors il jardinait la nuit, dans la clandestinité… Je l’ai rassuré, je ne comptais pas le dénoncer aux autorités. Il m’a raconté que son voisin de 87 ans, ça fait trente ans qu’il va dans son jardin toute la journée. Et là, il est confiné, privé de sortie. “Ils vont le tuer, le papy”, il m’a dit. On vit un temps de folie. Notre devoir, c’est de proposer autre chose, un espoir, une respiration, et vite ! »
On ne sait pas trop comment son esprit
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