À la barre du tribunal, Elisabeth Lemaire se tient sur ses talons hauts, enveloppée dans une veste noire et un pantalon à l'ourlet strict. Elle gueule du silence. Elle a perdu sa voix, et vingt-quatre kilos, cette jeune mère de famille, à la suite de l'" affaire Sup de Co ". C'est toute la salle d'audience qui tend l'oreille pour entendre ce qu'elle a subi, pour retenir le nombre infini de gentillesses que ses supérieurs hiérarchiques lui ont balancées pendant des années.
" Votre fatigue, c'est un problème d'organisation. "
" Il faut savoir travailler pour le plaisir et non pour l'argent. "
" Personne n'est indispensable. "
" Vous êtes déjà fatiguée à 30 ans. "
Ils sont là, tous les quatre, à quelques mètres d'elle. Elle les montre du doigt. Accusés de harcèlement moral, ils encourent des peines symboliques – mais le symbole, déjà, est fort : les voilà accusés. Les voilà qui répondent aux questions de la justice. Face à leurs sept victimes. Face à un tribunal correctionnel. Face aux juges. Comme des voyous, ces notables locaux, responsables de l'école supérieure de commerce d'Amiens.
Regarde les salariés tomber
Le 23 juillet 2009, à Amiens, Mireille Dimpre, cadre à Sup de Co, se jette par la fenêtre de son bureau. Elle a 49 ans. Fin janvier 2012, en une étrange procession devant le tribunal correctionnel, ses collègues défilent comme plaignants. Et ses chefs, comme accusés.
Publié le 6 juin 2014
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