Plutôt que de transformer le réel, modestement, à leur mesure, plutôt que d'apporter santé éducation logement culture à tous les habitants, les élus s'évadent dans une pure fiction (voir nos contre-pubs par Colloghan). Ils communiquent sur une ville qui n'est pas la nôtre, qui n'en porte aucun trait, pas même les hortillonnages ou la cathédrale. Le concepteur pourra d'ailleurs refourguer, à peu de frais, les mêmes visuels, les mêmes slogans, à toutes les communes de France: "Lille, Albert, Reims, Chalons, etc., la métropole qui vit ses rêves", et voilà le boulot.
C'est que la municipalité, et c'est original, a elle-même théorisé notre absence d'originalité: "Amiens a toujours un vrai problème d'identité, explique Lionel Bokobza, directeur général de l'agence Venise dans le JDA. En même temps, ce qui peut apparaître comme un handicap pour la ville – pas de spécificité régionale, de réelle aspérité sur laquelle communiquer, pas d'image marquée, en positif comme en négatif – peut constituer finalement un atout." Hier, on nous l'ordonnait par autocollants interposés: "Fiers d'être amiénois", et désormais voilà notre ville, point stratégique dès les Romains, cité florissante du Moyen-âge, capitale du velours, voilà notre ville et ses 25 siècles d'histoire sans "spécificité" ni "aspérité".
Une "identité" existe pourtant, aurait pu exister, mais trop peuple, trop prolo, trop plouc, elle déplaisait à nos notables: nou



