Pourquoi ce silence, cet oubli ?
C'est la question qui a troublé notre Section Spéciale – et que ne manqueront pas d'évoquer les jurés du TMI. Comment se fait-il que, ici, à Flixecourt, ou dans le Val de Nièvre, les mémoires soient si bien endormies ? Qu'on recueille si peu de témoignages sur Bernard Arnault ? Que le maire et ses adjoints ne lui adressent pas une contribution de quelques milliards – sous peine de brûler son effigie ? Qui, par exemple, en découvrant dans Paris Match Delphine Arnault et "sa bague de fiançailles, un diamant taille émeraude", sa robe aux "165 mètres d'Organza", aucun ancien salarié de Saint-Frères n'ait songé : "C'est avec notre sueur qu'ils s'offrent cet apparat. Sa toilette est éclaboussée de nos pleurs" ?
Du fait d'une rupture géographique, peut-être.
Dans son introduction à En famille, dont le récit se déroule à Flixecourt, Hector Malot décrivait la scène suivante en 1893 :
"Je ne voudrais pas refaire le tableau du patron qui rentre dans son château en l'opposant à celui de l'ouvrier qui rentre dans son pauvre garni, il se trouve dans ce roman. Car ce riche château dominant le village où grouille une misérable population ouvrière n'a point été inventé de chic, pour des phrases. Il existe, comme il en existe bien d'autres, de même qu'existent des taudis dont un propriétaire ne voudrait pas pour ses bestiaux. Et c'est parce que les choses sont souvent ainsi que je les ai pei



