
Du "faire payer les riches" de 1981 au "trop d'impôt, pas d'impôt" de 1984: jusque-là, c'était (presque) la droite qui, fiscalement, penchait un peu à gauche. Mais au milieu des années 80, voilà la gauche qui vire à droite. En trois ans, à peine, l'histoire des idées fiscales a basculé. Sous quelles forces ?
"Je crois que la justice et le rééquilibrage de la société passe par une fiscalité qui frappe assez lourdement les très grosses fortunes."
Qui déclarait ça, à l'automne 1976 ? Un dirigeant de la CGT ? Ou du Parti Socialiste ? Non, c'était Michel Poniatowski, alors ministre de l'Intérieur du gouvernement Barre, et pas franchement gauchiste.
C'est que, dans les années 70, les impôts progressifs ont le vent en poupe. En France, les hauts revenus sont imposés jusqu'à 63 %. Et l'histoire semble pousser dans ce sens : Valéry Giscard d'Estaing décide de taxer les plus-values. La gauche milite pour une imposition, sévère, des patrimoines. Le directeur de L'Express, Jean-Jacques Servan Schreiber considère "comme un objectif de première importance, sinon même le premier de tous, l'abolition de la transmission héréditaire de la propriété des moyens de production."
C'est le Progrès – autant technologique que démocratique – qui voudrait ça, songe-t-on alors : que le mérite l'emporte sur la filiation. Que les mesures fiscales servent la justice sociale.
Animé par ce souffle, en 1981, le gouvernement de Pierre Mauroy se met à l'ouvrage,



