Ludo, en lâchant nonchalamment sa souris, a tenté sa chance, le premier : « Alors, ce que je vous propose, c’est qu’on aille manger un morceau rapidement, après on s’y remet… »
Cyril a failli s’étouffer : « Manger ? Avec tout le travail qui nous reste ? Et puis, comment vous pouvez avoir faim, déjà, à cette heure-là ?
— Ben, il est quand même 21h00… »
C’est ça, les bouclages, avec le rédac’ chef. Lui est capable de ne pas manger ni boire pendant trois jours : rien d’autre ne l’intéresse, ou presque, qu’avancer dans les relectures, les corrections, les ajustements de mise en page, tant que tout n’a pas été envoyé à l’imprimeur. Tant pis pour notre santé. C’était le cas, à nouveau, pour le bouquin de Pierre sur le RN, l’arnaque sociale.
Deux heures plus tard, on avait enfin réussi à le décider à aller grignoter un kebab (qui nous est resté sur l’estomac), juste à côté du journal. « Allez, on y retourne ! », il lançait, au bout de dix minutes, à peine le sandwich avalé.
« Heu… Faut quand même qu’on passe chez Dimitri, tu sais, pour récupérer un matelas gonflable, si je veux dormir par terre à la rédaction », a osé Pierre. Cyril a grommelé, mais comme Ludo a promis d’avancer sur la maquette pendant ce temps, Pierre avait gagné le droit à un peu de confort. « Et après, on s’y remet, hein 



