Il fait nuit noire dehors, et depuis douze heures le tribunal correctionnel d'Amiens siège dans une salle d'audience qui s'est vidée. Depuis douze heures, les trois magistrats s'efforcent de démêler, non pas les causes de la mort d'Hector, le 22 février 2002, sur le chantier d'insertion de la Citadelle, car les causes on les connaît, "aucune sécurité collective", "aucun filet de protection", "aucun suivi régulier", "aucune analyse préalable", "aucune mesure de prévention", comme l'aligne un expert, les trois magistrats s'efforcent donc de démêler l'écheveau des responsabilités.
Depuis douze heures, à la barre défilent les responsables de la mairie, ou plutôt les irresponsables, directeurs généraux, chefs de service, adjoint à nœud papillon, tous jouant à "C'est pas moi c'est l'autre", et en maître de ce jeu, l'accusé, l'ancien maire et député et ministre Gilles de Robien, qui à son tour se décharge sur son "administration territoriale, l'une des meilleures au monde", qui se dépeint en "rêveur qui imagine un projet, des objets, des missions, qui brasse des idées pour que la population soit plus heureuse", mais si éloigné des réalités.
Depuis douze heures, son avocat – lui-même ancien adjoint à la sécurité… – gesticule, interrompt les témoins, parade comme au théâtre ce soir, et le président le rabroue : "Vous vous comportez comme un enfant, Maître Delarue ! Vous ne faites pas honneur à votre profession !" Depuis douze



