On est à l'automne 1791. Aux côtés de Louis XVI, les modérés Feuillants gouvernent mollement. La guillotine n'a pas démarré sa ronde macabre. La Révolution se stabilise ou s'enlise, c'est selon. C'est dans ces journées presque paisibles, pourtant, trop peut-être, sans conflit avec nos voisins, avec seulement une poignée de nobles, quelques milliers d'émigrés, qui s'agitent à nos frontières, c'est dans ces journées paisibles que la Révolution va basculer dans le tragique.
La guerre sainte
À cause d'un homme, notamment, Brissot, le journaliste du Patriote français, le chef de file des Girondins. Élu à l'assemblée législative, il monte à la tribune, le 20 octobre, et s'emporte contre les aristocrates réfugiés à Coblentz : "Éteignez ce foyer en poursuivant ceux qui le fomentent, en vous attachant opiniâtrement à eux, à eux seuls, et les calamités disparaîtront. Cette mesure concerne la conduite que vous avez à tenir à l'égard des puissances étrangères qui maintiennent et encouragent ces émigrations et ces révoltes. Il est temps de montrer à l'univers ce que vous êtes, hommes libres et Français."
Les députés applaudissent à tout rompre. Dans sa formidable Histoire Socialiste de la révolution française, Jean Jaurès conclut :
"Ce fut une journée fatale." Jusqu'alors, "la Constituante s'était enfermée étroitement dans la politique intérieure, elle avait répudié tout esprit de conquête, toute propagande systématique au



