Une amie, prof à Moscou, de passage en France, me demandait quels bouquins j'avais lus dernièrement et que je lui recommandais. Les Années, je lui ai répondu, d'Annie Ernaux : j'en sortais, avec encore dans la bouche une tristesse joyeuse, ce goût de mélancolie, le temps qui passe en accéléré sur les visages et sur la France en accéléré. Quelques jours plus tard, Juliette m'adressait ce courriel :
De : Juliette Denis <
denis.juliet@gmail.com
> À : Francois Ruffin <francois@fakirpresse.info
> Date : 10 mars 2013 11 : 02 Objet : Les années Cher François, Je t'écris pour te remercier de m'avoir conseillé de lire le bouquin d'Annie Ernaux. Cette femme a un instinct historique inné. En se racontant, en racontant sa famille, Annie Ernaux peint un tableau de la société française. Partial, peut-être. Incomplet, certainement. Mais qui en dit plus de notre histoire que beaucoup des ouvrages scientifiques et documentés qui constituent mes lectures habituelles. Car l'écriture d'Ernaux dissout ses souvenirs particuliers et les petits tracas du quotidien dans " la grande histoire ", celle de la France depuis la Libération, " récit familial et récit social c'est tout un ." Une autobiographie collective, en quelque sorte. L'impulsion du livre, on la trouve dans des phrases inachevées et déconnectées, qui encadrent le récit d'Ernaux, du début à la fin du livre :" Toutes les images disparaîtront. la femme accroupie qui urinait en plein jour derrière u



