« Tous les matins, quand je me lève, je fais un tour à la Citadelle. Je vais voir la plaque, pour m’assurer qu’ils ne l’ont pas enlevée. Je la touche, pour vérifier qu’elle existe bien. »
Depuis une semaine, Bernard Loubota a adopté un nouveau rituel.
C'est que son fils est mort ici, le 22 février 2002.
D'origine congolaise, Hector Loubota, âgé de 19 ans, travaillait en contrat d'insertion à la restauration de ce monument. Grimpé sur un échafaudage, il s'appliquait, ce jour-là, à des travaux de maçonnerie par temps de pluie. D'un coup, un pan de mur s'est effondré, et il fut tué, écrasé sous six cents kilos de pierres.
Dans le dossier d'instruction, un expert en bâtiment, René Saissi, a rendu un rapport accablant : le chantier a été lancé sans " aucune analyse des terrains ", sans " étude préalable du bâti ", sans " aucun suivi régulier ", sans même " le nom d'une personne chargée de la sécurité " ! Il mentionne ainsi " l'absence d'étaiements " : la Ville n'a planté aucun piquet pour soutenir le mur initial – qui ne tenait que grâce " à la terre et aux racines ". Des erreurs d'autant plus coupables que, dans les années 70, " cet ouvrage s'était déjà en partie effondré ". Il aurait fallu, avant de démarrer l'entreprise, estimait-il, " procéder à des sondages, relever les fissurations, vérifier la stabilité du sol. " Aucun permis de démolir, ni de construire, n'avait d'ailleurs été déposé…
Bref, dans ce drame, la faute de l'employeur – ici, la mairie d'Amiens – était manifeste.
Est-ce pour cette raison, justement ? Est-ce à cause du remords ? Mais aucun élu,
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