François Ruffin : Mais est-ce que ces socialistes sont des gens qui pensent ?
Emmanuel Todd : Ah non.
F.R. : Est-ce qu'il y a une pensée au sein du Parti socialiste ?
E.T. : Je n'en ai pas l'impression, ni au sommet, ni dans ses sections. Ceci dit : on peut cibler le PS, parce qu'il est aux affaires, dire "il ne pense pas", mais il faut se demander "pourquoi ?" C'est un phénomène social massif.
F.R. : Vous voulez dire que, au fond, les socialistes sont représentatifs de la pensée zéro, d'un coma intellectuel ?
E.T. : C'est un état psychique et mental de la société française. Vous devez mentionner, également, la timidité de la gauche de la gauche, son incapacité à contester tout ça. Comment demander au Parti socialiste de réclamer le protectionnisme, directement, brutalement, si Attac ne l'ose pas ? Comment demander au PS de sortir de l'euro si le Front de Gauche ne l'ose pas ?
F.R. : Vous avez un mépris pour la gauche de gauche…
E.T. : Ah non, ne me laissez pas le terme mépris. Vous me mettez dans une attitude de bourgeois, qui regarde de haut. C'est de l'exaspération, plutôt. Les mecs que je méprise, ce sont les énarques de l'Inspection des Finances, de la Cour des comptes et du Conseil d'état, qui se croient intelligents, alors que ce sont en général des super-glands intellectuels, des mecs qui ne lisent jamais un livre, ceux-là je les méprise. Que ça soit clair. Mais les militants de la gauche de la gauche, ne mettez pas



