"Allô Mme Robert ?
– Oui ?
– Bonjour c'est Pierre Souchon.
Je vous appelle parce
que je…
– Tu vas bien ? La santé ?
– Oui oui… Mais c'est que la semaine
dernière, j'ai rencontré une fille. Et c'est
fort, hein, madame Robert, vous voyez.
Alors je voudrais savoir ce que vous en
pensez.
– Tu as sa photo ?
– Non…
– Ah mais je te connais, je vais la voir
à travers toi… Bon… Attends…"
Je l'entends qui chuchote. "Ah non
Mme Robert, je veux vous voir ! Pas au
téléphone !
– Bon… Mais… Attends… Cette
petite… Elle… Oui… Elle est plus jeune
que toi ? De deux ans ?
– Oui."
Elle chuchote de nouveau, pour elle–même
:
"Est-ce qu'elle est blonde ?
Est-ce qu'elle est brune ?" Je sais son
pendule qui tourne au-dessus d'un petit
crucifix en bois brut. Et puis tout fort :
"Elle est châtain ta petite ? Avec les
cheveux un peu bouclés ?
– Oui.
– Bon c'est bon, je la vois. Passe
mercredi."

Mon premier coup de pendule
Mme Robert, c'est par mon médecin
que je l'ai rencontrée. J'avais 17 ans, et je
faisais une dépression. La première d'une
longue série, une vraie carabinée, et j'avais
vachement mal à la tête tout le temps.
Le toubib m'a ausculté un peu, a dit qu'il
faudrait passer un scanner… Oh, et puis
non… Ça fout des ondes les scanners… "Il
vous faudrait appeler Mme Robert. Elle
est très forte. Elle est guérisseuse. Elle vous
dira si vous avez quelque-chose. Voilà son
numéro." Ça n'avait surpris personne,
chez



