Des ruines du Rana Plaza.
Genève. Mardi 15 octobre, 9h30.
Il pleut des cordes.
Ma casquette dégouline, mes pompes sont trempées.
Je suis planté face à l’immense bâtiment de l’ONU, à Genève, refoulé, comme en salle d’attente.
Et je maudis Ruffin.
Je l’entends encore, le rédac’ chef, pas plus tard qu’hier, en réunion d’équipe : « Y a les négociations sur le commerce international, cette semaine. À Genève, les gouvernements s’affichent à l’ONU, pour de belles déclarations, qu’ils vont contraindre les grandes entreprises, leur mettre la pression, les obliger à respecter les droits de l’Homme… Et en même temps, ‘‘en même temps’’, à Vienne, en Autriche, ils se réunissent, beaucoup plus discrètement cette fois, pour étendre le principe des tribunaux d’arbitrage ! Pour dérouler le tapis rouge aux multinationales, leur permettre d’attaquer et de faire condamner les États si leurs intérêts financiers sont menacés ! C’est pas scandaleux ? »
C’est mauvais signe, quand il s’énerve de la sorte.
« Cyril, t’irais pas suivre les négociations à Genève ?
– Ben, c’est que demain matin…
– Oui, voilà. Et après, tu vas à Vienne, c’est sur la route. »
Il avait fait un geste pour montrer la direction, avec la main. Un peu longue, la route, quand même…
Enfin bref, me voilà devant l’ONU, donc, à attendre qu’on veuille bien me faire entrer pour suivre les déba



