
François Ruffin : Vous venez de publier Le Mystère français, avec Hervé Le Bras, mais votre livre-clé, à mes yeux, ça reste L'Illusion économique, paru en 1999.
Emmanuel Todd : Je dois dire que, quand j'en relis des passages, ça n'est pas tous les jours, mais je trouve que ça a bien tenu.
F.R. : Vous y proposiez une analyse de classe fulgurante, quant au libre-échange notamment, quant à la monnaie unique, quant au "passivisme" des classes éduquées, quant au Parti socialiste… Et dans notre entretien, j'aimerais qu'on voie ce qui, quinze ans plus tard, a évolué, ce qui n'a pas bougé.
"Le libre-échange continue comme avant."
F.R. : Sur le protectionnisme, par exemple. Vous sembliez, à l'époque, assez isolé. Aujourd'hui, des économistes, des intellectuels, se rangent également derrière cette bannière. Des politiques, comme Arnaud Montebourg, ou Jean-Luc Mélenchon plus récemment, sans parler de Marine Le Pen, s'en font les portevoix. Et dans les sondages, le relèvement des barrières douanières est désormais souhaité, même parmi les cadres, qui étaient jusqu'alors hostiles à ces mesures.
E.T. : C'est vrai sur le plan théorique : plus aucun benêt type Minc ne prétend aujourd'hui à une "mondialisation heureuse", et pourtant, néanmoins, dans les faits, le libre-échange continue comme avant. Je vois donc plutôt le verre à moitié vide. Je suis surtout frappé par la lenteur, dans les – comment les appeler ? Ne l



