« Oui là je suis sur ma terrasse, les pieds dans le sable, en train de relire l’article de la veille… » À l’autre bout du fil et à l’autre bout du monde, Aurélie décrit un paysage de carte postale. « Parfois je me baigne dès le réveil… » Elle me nargue, je pense. Voilà dix mois qu’elle traîne ses valises en Polynésie française et, comme c’était trop beau, déjà six qu’on l’exploite à Fakir.
Il est à peine sept heures du matin, pour elle, mais même à 16 000 kilomètres, Aurélie reste toujours à portée de mail. Elle relit nos papiers sur le site, traque les coquilles : une paire d’yeux en plus, on ne dit pas non ! « Je voulais pas paraître snob en vous demandant si je pouvais apporter quelques corrections, mais j’ai sauté le pas... »
Avant son grand voyage, Aurélie était sage-femme en Normandie. « Douze ans à travailler dans un hôpital public, dans un système à bout de souffle. Des gardes de douze heures, sans avoir le temps de manger à midi, des heures supplémentaires pas payées : c’est devenu normal en France. On travaille dans une sorte d’abnégation. Tout le monde intègre le fait d’être surmené au quotidien. J’en avais marre... » D’un coup, on comprend pourquoi elle a filé loin. Mais même sous les tropiques, notre Fakirienne reste lucide. Si le décor a changé, les fractures restent les mêmes, voire pire. « En France, dans mon service, on gérait



