Y a des jours comme ça où la révolution prolétarienne attendra.
Où on remet à plus tard nos revendications de jacuzzi, de tickets resto, d’augmentation, et même de tablettes de chocolat offertes par Fakir en guise de dessert.
C’est que Pascale, qui s’occupe de vos abos, qui répond à vos commandes et demandes, a pris la direction des soins palliatifs, à l’hôpital.
Ça va vite, cette connerie.
« Quand je pense qu’elle l’appelle Jordan, le cancer contre qui elle se bat… » a lancé Magalie, à table, au milieu du silence.
Vous l’avez, le « Jordan » ?
Sacrée Pascale…
« Le bon côté des choses c’est qu’elle râlait encore, quand je suis allé la voir », a soufflé Tristan.
Toujours indignée, Pascale, toujours révoltée, même sur le lit d’hôpital !
« Pourquoi ? À cause de la bouffe à l’hosto ?
— Nan, de ce côté-là, elle a perdu l’appétit depuis un bout de temps déjà…
— J’aurais jamais cru dire ça, mais ça me manque ces moments où elle chopait le plat pour le saucer juste avant moi. C’est la plus forte, à ce petit jeu.
— Pas autant que toi, Cyril, t’abuses !
— Attends, rappelle-toi : elle a même dit qu’elle, le crabe, elle le bouffait avec de la mayonnaise et du citron, alors…
— Et elle l’a fait pour de vrai ! Elle en avait acheté un pour le manger ! Mais pourquoi elle râlait, du coup ?



