" Babar ! Babar ! "
Sur le rond-point d'Albert, une vingtaine de Gilets l'appellent, mais il ne les entend pas. Il est entouré d'autres gars, sous un des abris bricolés de toiles et de palettes.
" Babar ! Babar !
- Il faut que Babar motive les troupes. Il sera suivi, lui. "
Babar sort de sa cahute, mi-poubelle mi-palais, et se met à gueuler. Ils le suivent. Une quarantaine. Bientôt plus. Tous les groupes du rond-point se joignent à la farandole improvisée. Qui fait un tour, puis deux puis dix du rond-point. Sous une pluie qui nous trempe le slip et un froid qui nous le gèle. À chaque tour, Babar lance des chansons, reprises par les chœurs jaunes albertins. Aussi bien " Macron démission " que " Ah la salope, va laver ton cul malpropre... ", la poésie et la politique s'entremêlant. Moi, je n'ai pas osé l'approcher ou discuter avec lui. Tout juste lui ai-je serré la main comme aux autres.
Je le fixais des yeux, cherchant l'étincelle, voir s'il me reconnaissait. Je ne pense pas. Et je ne préfère pas. Je l'avais évidemment reconnu de suite, moi, mystère irrésolu de mon adolescence albertine.
Anthony.
Le " cas soce ".
Le souffre-douleur du collège.
Le pestiféré.
Son nom de famille était synonyme d'insulte durant ma scolarité. La cour du collège Pierre-et-Marie-Curie d'Albert, pandémonium pubère, théâtre d'un harcèlement scolaire démesuré. Les souvenirs sont flous. Des crachats, des coups, des insultes. Par dizaines, par centaines. Du rack
Babar, le Camp des autres
Son nom de famille était synonyme d’insulte durant ma scolarité.
Des crachats, des coups, des injures. Par dizaines, par centaines.
Du racket et des balayettes. Des tas de gamins, abrutis par l’élan du troupeau, lui courant après.
Publié le 8 octobre 2019
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