La fête est annulée
Fakir, salle de rédaction, le 29 septembre.
« Et donc, va falloir qu’on se déguise ? Qu’on y aille incognito ?
— Mais non, non ! On y va, on pose nos questions, on peut même dire qui on est…
— De toute façon ils connaissent pas ta tête, au Medef ! Tu rêves ! »
On fantasmait, ce jour-là, à la rédaction.
On avait (presque) tout prévu, ficelé l’opération, on imaginait dégoter des perles, rire un bon coup aussi, et crever les plafonds pour le site internet avec nos vidéos. On avait prévu, donc, d’aller en reportage à Bercy, la salle parisienne, pour « l’énorme meeting » (sic) annoncé avec tambours et trompettes par le chef du Medef, Patrick Martin. Le 13 octobre, il avait prévu de lever une foule, une marée humaine de patrons (c’est 15 000 places, quand même, Bercy…) pour se dresser contre la « folie » de ceux qui veulent taxer les ultra-riches, le « délire » d’un projet de taxe Zucman sur les milliardaires, tous ces projets qui, selon l’organisation patronale, allait plonger le pays dans des temps obscurs, une sorte d’URSS sauce macroniste.
On s’en réjouissait à l’avance.
On imaginait, devant notre micro, les longues diatribes des grandes fortunes pour tancer ces salauds de pauvres qui profitent, ces cons de chercheurs qui ne comprennent rien à l’économie, la vraie, la leur. On les entendait, déjà



