« Le gars, je l’ai vraiment défoncé. Sa tête était écrasée sur le sol, on a dû me retenir. Ensuite, j’ai eu un black-out total : je me souviens juste de l’odeur, je me souviens d’une voix. Je me suis réveillé chez moi, sous la douche, tout habillé, les mains en sang, à me demander ce que je foutais là. Je me souvenais que j’avais pris ma pause, mais elle était finie depuis un bon moment… »
Ce jour-là, Éric*, la quarantaine, avait subi l’affront de trop. Pourtant, les humiliations de son superviseur, il en avait l’habitude, depuis que son centre d’appels avait été racheté par Intelcia, nouveau géant du secteur.« Dès le début, mon N+1 m’a pris dans le viseur. Je ne sais pas si c’est parce qu’il s’est senti menacé, parce que j’avais plus d’expérience que lui dans le métier, mais j’avais toujours des mauvaises notes, des reproches tous les jours, et des convocations devant tout le monde. “Ici, c’est moi le chef !”, il disait. » Pendant un an, Éric prend sur lui, ne réagit pas aux provocations, se dit que ça va passer. « Je faisais juste mon boulot, sans rien dire. Finalement, on m’a proposé d’évoluer pour devenir le back-up de mon superviseur pendant ses congés. Et puis il y a eu cette dernière convocation dans son bureau : ce jour-là, il m’a dit que je n’étais pas fait pour ce métier... J’ai plus de vingt ans d’expérience dans le télé-conseil. J



