"Alors comme ça, t’as trouvé un bon plan récup’ près de chez toi ?! » Devant la bibliothèque municipale de Caen, Théo arrive tout sourire, mais avec une dizaine de minutes de retard. « Désolé, j’ai croisé des trucs intéressants sur la route, j’ai pas pu résister… » Dans le panier, à l’arrière de son vélo, il me montre sa collecte, sauvée d’une poubelle de supérette : une aubergine, des poires, des pommes, un melon, une salade en sachet... « Les poubelles des boulangeries, des supermarchés, des restaurants… Il y a de la bouffe partout en ville… Les quantités jetées chaque jour sont énormes. » Théo a 26 ans. Cela fait quatre ans qu’il se nourrit quasi-exclusivement des invendus alimentaires. Et pourtant, il n’est pas dans le besoin : ingénieur de formation, il fait partie de ces déserteurs des grandes écoles qui ont renoncé à une carrière toute tracée dans l’industrie pour ne pas participer à l’exploitation des ressources humaines et planétaires.
C’est un grand sportif aux cheveux longs, Théo, qui ne veut plus, non plus, acheter de produits issus de ce modèle économique. « Comment j’ai commencé la récup’ alimentaire ? c’était dans le foyer de jeunes travailleurs où je vivais à Toulouse, pendant mes études. On discutait souvent avec le cuistot, et il nous explique un jour que la nourriture du vendredi soir part à la poubelle. Alors avec un pote, o



