
Qu'est-ce qu'il venait foutre là, lui ?
C'était il y a deux ans, à Aix, au bar Le Mansard. Je débattais sur le protectionnisme, et au milieu de l'assistance, qui me semblait composée, comme d'hab, de retraités, de profs, et de profs retraités – j'exagère, bien sûr – , y avait un jeune rebeu. Bon, ça arrive encore, à l'occasion. Mais le gars était venu en survête, un Puma. Je l'ai classé aussitôt "mec des quartiers".
Il avait dû se tromper d'adresse, il était rentré pour gratter un Keno, ou pour voir un match sur grand écran, et vu qu'y avait du monde, il s'était dit "bon, maintenant que je suis là, on va voir un peu le spectacle". Le spectacle, il risquait de le décevoir, juste un petit bonhomme sur une chaise qui causait de Parisot, de Goodyear, du TCE : avant cinq minutes, il se serait barré.
Mais non, il se barrait pas.
Il restait, attentif en plus, dodelinant du chef.
Et voilà que, pendant les échanges, il me pose une question sur "Maurice Allais et le mondialisme" !
D'où il sortait, lui ? Si l'habit ne fait plus le moine et le jogging "le wesh-wesh man tu veux de la beuh j'en ai de la pas chère", on va où ?
À la fin, je lui ai payé une bière. Ou l'inverse.
Et il m'a raconté vite fait que, camionneur, il était devenu "beaucoup moins con grâce à toi, grâce à Daniel Mermet, grâce à Là-bas si j'y suis".
J'étais fier, tiens, d'éduquer le prolétariat. Du coup, j'ai pensé, ouh la, celui-là, il faut pas le rater : je l'ai mis



