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Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.

Les compagnons d’abord

On pensait trouver des gueules cassées, des abîmés de la vie, des SDF paumés, chez Emmaüs. Mais non : un cadre sup’, un conseiller financier, une agent immobilier…

Publié le 17 septembre 2019

" Je bossais pour des multinationales, dans un cabinet de conseil en droit. Je n'avais jamais de doutes. Mais aller n'importe où en France pour faire des plans sociaux, un jour, ça vous bouffe. Alors, je suis venu ici. Je me suis mis dans le collectif. J'ai abandonné la pression. Jamais je n'aurais pensé que ce serait aussi beau. C'était il y a cinq ans, et je suis toujours là. " On était dans l'enclave d'Emmaüs Lescar-Pau. 130 habitants, 70 baraques. Un territoire libéré du capitalisme. Sans doute pas parfait, non, pas une utopie, mais une expérience, sa ferme alternative, ses cochons, ses poules, ses champs pour le blé, ses maisons en éco-habitat. Et son patron-fondateur, Germain. Qui s'était présenté, d'emblée, le matin : " Des chaussures de moine, une tête de missionnaire, mais entre les deux, c'est Satan qui domine. " Un diable, donc, avec un projet politique: " On a de suite voulu faire autre chose que de la gestion du misérabilisme. On veut renverser le système, proposer autre chose. " Côté compagnons, on s'attend à des gueules cassées, anciens SDF, sortis de la rue. " Et alors, comment vous en êtes arrivés là ? ", relance le rédac' chef. Jean-Pierre, l'ancien conseiller des multinationales, la cinquantaine, poursuit : " Quand j'ai vécu la mort de mon frère dans mes bras, ça a tout changé. Je suis d'abord venu pour quinze jours, puis je suis rentré, j'ai tout vendu, tout liquidé, et je suis revenu. Ici, je fais plein de c

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