C’est une petite révolution, pour nous, qu’animer un site internet au quotidien. Comprenez-nous : on avait l’habitude, depuis vingt-cinq ans, de prendre le temps. De tourner sept fois nos dossiers sous la plume, de les détricoter puis de les réécrire, infiniment. De les raccourcir, de les allonger (souvent), de repartir en reportage si on ne les estimait pas satisfaisants : avec cinq numéros par an, on avait le temps. Et puis souvent, au dernier moment, changer notre fusil d’épaule (combien d’articles prêts à voir le jour ne sont jamais sortis ?), sous l’urgence d’une inspiration, ou d’une insatisfaction. Mais avec une obsession, en fil rouge : se tenir loin du bruit médiatique. Ne pas courir après « l’actu », ne pas en être esclaves.
Un des avantages, c’était de ne pas se soucier de ce dont parlaient les autres : ce feu de l’actualité, mouvement et bruit de fond permanents qui font que chacun n’écoute et ne traite, finalement, que ce qu’a déjà fait tout le monde, mouvement et réflexe moutonniers. Bourdieu parlait de « circulation circulaire de l’information ».
C’était la raison d’être de Fakir, dès le départ : aller là où personne ne va, parce qu’on est peu nombreux à s’intéresser au quotidien, à l’invisible du coin de la rue. Le banal au premier abord qui révèle bien souvent, pour peu qu’on le décortique, de l’extraordinaire. Des visages, des p



