« J’étais un peu perdu, je ne savais pas ce que je voulais faire. Et puis j’ai galéré. Je n’avais pas de diplôme, pas le bac. J’ai fait plein d’erreurs, pas des choses catastrophiques mais… J’étais perdu, oui. » Frédéric avait hésité avant de venir s’asseoir à table avec nous. Il avait tourné, viré, s’était assis un peu plus loin. Son service n’était pas terminé, d’accord, mais il stressait. Quand il est arrivé, finalement, il transpirait, et répondait, au début, par bribes. Il avait un air poupon, mais un poupon qui aurait grandi trop vite, les cheveux courts, une boucle à chaque oreille. Je lui donnais quoi ?, 20, 22 ans peut-être. Il est serveur au resto La Table, antenne de l’association Cité solidaire, où on s’était arrêtés, dans mon escapade mulhousienne. Cyrille, notre préfet local, m’avait organisé une tournée intense. « Ce qui me plaisait le plus, c’était le contact avec les gens. Devenir valet de chambre, peut-être… » Frédéric est devenu serveur, donc, en contrat d’insertion, dans ce restaurant associatif qui ne ressemblait en rien à un restaurant associatif, c’est ce qui m’avait frappé en arrivant. Tables, déco, lumières, il versait plus dans le haut de gamme que dans un tiers-lieu où on viendrait grailler à la bonne franquette.
François, le directeur du lieu, assis avec nous lui aussi, précisait les choses. « L’idée, c’est que les gens puissent



