"Allô Souchon ? T'es où ?
- En Ardèche.
- Faut que tu viennes le 6 février dans les Ardennes, je bloque la zone industrielle de Rethel, on va cramer du pneu.
- Attends, je...
- Tu fais un article pour L'Huma."
C'était pas une question.
"Il pourra paraître quand ?
- Mais j'en sais rien, moi, faut que je les appelle, on...
- Tu leur dis “Rethel, 6 février, contre l'austérité la CGT fout le feu à la zone”. Allez salut.
- Ciao Nicolas."
J'ai exécuté le commandement. J'ai appelé L'Huma le lendemain matin, pour leur détailler à la première heure comment l'avenir de la classe ouvrière française se jouait le 6 février 2013 à Rethel, dans les Ardennes, 7 700 habitants, et qu'il s'agissait de faire un grand reportage d'urgence.
"T'es vraiment sûr, Pierre, que ça va être un gros truc ?, bafouillait sévèrement ma rédactrice en chef.
- Énorme. C'est Nicolas Galut qui organise."
Victor Galut, son grand-père, avait collé tous ses timbres en 1936 sur sa carte de la CGT métallurgie.
J'annonçais "c'est Nicolas Galut qui organise" sur le même ton et avec la même dévotion que si j'avais dit "c'est le groupe Manouchian qui passe à l'assaut", ou "c'est Lénine qui coordonne". Rien que son nom, et ça me collait des frissons de poings levés, des passions de barricades. Je revoyais notre première rencontre, en 2011. Ce délégué CGT de 38 balais m'avait accueilli à Rethel, dans son local de MPI, un des cadors de la logistique :
"Je suis agent de quai



