Fakir : « Le triomphe des égoïsmes » : le titre surprend. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
Camille Peugny : ça part d’un intérêt scientifique autour des dynamiques électorales. Je me suis demandé pourquoi depuis dix ans, en gros, la gauche ne dépasse plus les 30 % dans les urnes. Or si le phénomène de désaffection des classes populaires pour la gauche a déjà été beaucoup étudié, on ne l’a jamais fait pour les classes moyennes supérieures. C’est aussi venu d’une réflexion personnelle, en tant que citoyen : ces classes moyennes supérieures, j’en fais moi-même partie, par le diplôme, le salaire, la fréquentation des groupes sociaux… Peu à peu, au fil des années, j’ai eu le sentiment dans ce milieu d’une perte totale d’appartenance collective. Chez ces classes, qui votaient à gauche au début des années 1980, la dynamique s’est inversée.
Fakir : On va y revenir, mais ce mot, donc, « égoïsme » : on n’a guère l’habitude de tels termes en sociologie…
C.P. : J’ai justement essayé de théoriser l’égoïsme en tant que donnée sociologique, et en l’expurgeant de toute notion morale. Des livres sur l’individualisme, il en existe plein, et le regard historique des sciences sociales sur le concept n’est d’ailleurs pas que négatif. Mais aujourd’hui que les classes moyennes supérieures adhèrent à l’idéologie libérale, on assiste à un



