« On en a ras-le-bol, on a tout essayé : la gauche, la droite. Les députés ne connaissent pas la vraie vie. Pour moi, la politique, ça ne devrait pas être un métier. Ils ont des chauffeurs, ils n’ont jamais travaillé. » Ce jour-là, sur le marché de Barcarès, petit bled à côté de Perpignan, sous le cagnard, Virginie m’a vidé son sac. Dedans, une montagne de déception, de lassitude, de dégoût même, contre les « politicards ». Et ça, on l’entend partout, aux quatre coins du pays. Louisa, aide à domicile à Aurec-sur-Loire, qui bosse dans la ruralité autour de Saint-Étienne, elle aussi, en a gros sur le cœur. « Un jour, les politiques, il faudra qu’ils viennent écouter les gens qui font tenir la France debout, qui ont du mal à vivre, je pense qu’on est une grande majorité en France. » Les larmes montaient chez Louisa, la colère montait en moi. Comment en est-on arrivé là ? À une telle déception, un tel dégoût des élus nationaux en particulier, confirmé dans toutes les enquêtes – on va le voir ? Et surtout, comment on lutte contre ça, ce gouffre qui se creuse, comment résorber cette fracture ouverte entre le peuple et ses représentants ?
Parce qu’il y a urgence : le sociologue Vincent Tiberj parle même de « grande démission ». Je me souviens de son bouquin et de sa colère, formulée d’un ton posé, mais colère quand même, au moment de me dresser ce co



